Quantcast

Jeudi 17 janvier 4 17 /01 /Jan 14:17

manifeste-7-copie-copie.jpg

L'heure n'est plus à la rigolade.
Janus Lumignon : Le temps venu de tuer le veau gras.

Par L'observateur impartial
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 16 janvier 3 16 /01 /Jan 11:27

manifeste-8-copie-1.jpg


Ce qui choque vraiment, c’est la vulgarité à l’œuvre dans tout ça. Se faire entuber n’est pas nouveau. On a l’habitude. Par contre, que cet entubage se fasse avec une esthétique aussi clinquante, des outils tellement dérisoires, ça c’est nouveau. Imagine t’on De Gaulle traînant sa dernière conquête à Disneyland, 2 mois après avoir divorcé de cette bonne vieille Yvonne ? Ou le très rigide Pompidou harnaché comme un Jacky de base (lunettes de soleil ultra fashion, chaînes en or, costumes Scarface), la démarche maniérée de petit caïd et le verbe bas (« Descends si t’es un homme, descends… ») ? Ou Mitterrand affichant aux yeux de tous sa passion pour le Fouquet’s, Johnny et les yachts prêtés par des potes milliardaires ?

Une nouvelle étape a été franchie. Celle magistralement théorisée par Debord dans
La Société du spectacle, celle qui permet aux fabricants d’images et à leurs commanditaires de ne plus s’embarrasser de scrupules. De mentir en toute impunité, parce qu’ils savent jouer du spectacle. Dans la balance actuelle du pouvoir, une image vendable vaut plus qu’une vérité. Une représentation, même mal jouée, plus qu’une présentation. La paillette comme combustible, l’impudence comme blason, l’hystérie médiatique comme viatique. Le processus pourrait séduire (quelle maestria manipulatrice, quant on y songe…), si il n’était tellement faisandé, tellement bas de gamme.

Janus Lumignon : De quoi Sarkozy est-il le fossoyeur ? Un Jacky au pouvoir, 2008.

 
Par L'observateur impartial
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 15 janvier 2 15 /01 /Jan 12:32

manifeste-1-copie-1.jpg


Vous verrez que tout ça finira mal. Il y a cette évolution historique – mouvement perpétuel vers plus de bassesse – qui ne saurait être stoppée sans action d’envergure. Et les actions d’envergure, immanquablement, vont se raréfier, tant le lavage de cerveaux – la grande broyeuse des imaginations – pose chaque jour plus violemment son talon faisandé sur nos esprits faiblards. Si rien ne bouge vraiment, si rien ne s’écroule, le futur sera gris, toxique et puant. Société de consommation et usines de divertissement, culture du plus bête et médias bureaucratiques modèlent déjà notre manière de vivre. Nul doute que ce mouvement généralisé vers la standardisation des esprits et des modes de vie va s’implanter de plus en plus profondément à l’échelle du globe. Nul doute que ce la stérilisation forcenée des pensées et idéaux va doucement mais sûrement nous transformer en moutons sans grandeur, en petits tas neuronaux bien agencés et barbants comme la mort.
C’est alors que commencera la vraie lutte.
Janus Lumignon :  Rapport sur la construction d'une société à la con,
1978, éditions Champs Libres.


Par L'observateur impartial
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Samedi 12 janvier 6 12 /01 /Jan 10:20
De l’art de laisser un champ de ruines après son passage : splendeur (fugitive)
et décadence (durable) de l’art conceptuel.
 
Duchamp-Urinoir.jpg


A 20 ans, j'avais un mépris absolu pour ces connards qui, dans toute expo un peu avant-gardiste, se permettaient des remarques sur les œuvres exposées et expliquaient à la gourdasse blondasse à fourrure qui les accompagnait immanquablement qu’ « un enfant de 10 ans pourrait en faire autant. » Qui se plantaient devant les tableaux d’un air supérieur en moquant le manque de technique de l’artiste. 
Maintenant, quand je vais dans des expos d’art contemporain, je me surprends à penser le même genre de choses. Ce n’est pas que j’ai changé. Juste que le marché de l’art est devenu tellement stérile  et faisandé qu'en arriver à ce genre de jugements est inévitable. Désormais, ceux qui me débectent plus que tout, c’est les connards qui pontifient devant des bouses absolues et prennent des poses de mécènes modernistes. C’est triste, quand même, quand l’air du temps vous oblige à prendre des postures de réac…
Janus Lumignon :  Boticelli et moi, souvenirs d'un dandy

Je leur ai jeté le porte-bouteilles et l’urinoir à la tête comme une provocation, et voilà qu’ils en admirent la beauté esthétique…
Marcel Duchamp
 
 
1917, New York. Marcel Duchamp, peintre français exilé aux states et génie conceptuel sans équivalent, expose pour la première fois en public un de ses fameux Ready-made (objet manufacturé détourné de sa fonction première et présenté comme une œuvre d’art à part entière). Pas n’importe lequel. Celui-ci représente un urinoir et est sobrement intitulé « Fontaine ». Le but ? Montrer qu’il y a autant de poésie dans la plus modeste invention de la civilisation moderne que dans les chefs-d’œuvre du passé. Pavé dans la mare de l’art moderne tout juste naissant et scandale retentissant. Le monde de l’art ricane. Taxe de mongolisme ce bon Marcel. Et se désintéresse – provisoirement – de la question.
Le ver est dans le fruit.
 
2007, la Fiac. Des observateurs de l’ONK, déguisés en marchands d’art teutons, arpentent les allées de la plus grande foire d’art contemporain française. Cigares au bec, sac Vuitton en bandoulière (il s’agit de ne pas attirer l’attention…), ils notent consciencieusement les résultats de leur investigations. Trois jours plus tard, alourdis par les petits fours, gavés d’œufs de lump jusqu’à l’écoeurement, ces braves entre les braves, envoient leur compte-rendu à la rédaction. La chose s’intitule : « Néant absolu. » Et trace un portrait plutôt d’acide du landerneau artistique parisien.

Extraits : 

L’œil est fatigué, déçu. Les rares fois où quelque chose de revigorant se présente dans le champ de vision, c’est chez les galeristes qui exposent des artistes datés : Basquiat, Soulages, Bacon. Ok, bibi, c’est parfait tout ça, mais le neuf, le nouveau, il est où *? 
 
Le tout donne l’impression de traverser une forme d’hallucination collective. On se frotte les yeux, abasourdi : Ce type qui a gribouillé sur une feuille A4 deux rondins de bois en train de forniquer, il les vend bien à 50 000 euros ? Le gus responsable de cette assiette en carton pliée en deux, sans autre forme d’ornementation ou de travail, il croit vraiment nous faire croire qu’il y a un discours ou une démarche à saisir ? Ce Goldorak géant en plastique blanc (5m de haut), est ce vraiment possible que son concepteur soit taxé de grande révélation de l’exposition ? Ce gigantesque Marcel en lettres d’or, tournoyant sur un socle noir ** est-il censé m’inspirer autre chose qu’un rictus désabusé ? ...
 
Ce qui est fou, quand même, c’est que 90 ans après Duchamp, on en revienne à des démarches similaires à la sienne, mais sans aucune profondeur ni réflexion. Juste un plagiat toujours répété du geste initial de Duchamp. Le pauvre doit se retourner dans sa tombe…
 

Bien sûr, à l’ONK, on sait que la FIAC n’est qu’un événement parmi d’autres. Et que ça fait longtemps que plus personne ne croit pouvoir y trouver quelque chose ressemblant à une démarche d’avant-garde. De notoriété publique, l’endroit tellement pourri par le fric et les divagations des spéculateurs de tous bords, que l’Art n’y a plus vraiment droit de cité. Mais, il s’avère quand même que ce grand néant de l’art contemporain est terriblement représentatif de l’état de mort clinique de la création et du marché de l’art ***. Et qu'entre les expérimentations initiales de quelques génies isolés (Duchamp, Malevitch, Mondrian) et leurs resucées à bientôt un siècle d'intervalle, il y a un gouffre que rien ne vient combler.
Les premiers déboulonnaient tout, luttaient pour ouvrir de nouvelles voies à l’art.
Les suivants (les suiveurs) se sont assis sur leurs acquis pour ne plus en bouger.
Quand Malevitch lance le suprématisme au sortir de la Première Guerre Mondiale, cela s’inscrit dans une démarche longuement pensée, théorisée et très très loin d’un calcul commercial. Et lorsqu’il peint le premier monochrome de l’histoire de l’art (Carré blanc sur fond blanc), Malevitch révolutionne l’art, lui ouvre de nouveaux horizons, même si c'est dans le dénuement expressif le plus total. Dynamiter la figuration pour mieux sauter à l'essentiel. (ci dessous, Carré noir sur fond blanc).

Malevitch-carr---noir-sur-fond-blanc.jpg

Lorsque le hollandais Mondrian abandonne le figuratif pour se lancer dans ses célèbres compositions abstraites dépouillées jusqu’à l’extrême, c’est tout sauf une solution de facilité. Plutôt le résultat d’un processus artistique exigeant dans lequel il s’est investi à corps perdu.  


Mondrian.jpg

Par contre :
Quand en 1961Piero Manzoni enferme sa propre merde dans des petites boîtes vendus ensuite à prix d’or sous le titre de « boîte à caca », c’est évidemment plus un calcul marketing qu’une démarche artistique. Et un gadget lucratif destiné à faire parler de lui plus qu'une oeuvre.

boite----caca.jpg

Quand Buren, cette huître pitoyable et rébarbative, répète pendant 50 ans le même motif à rayures sur tous les supports imaginables, jusqu’à devenir le peintre le plus côté de France (notamment parce que les institutions culturelles lui proposent des sommes faramineuses pour des projets nullards), la chose interpelle un minimum tout amateur d’art qui n'est pas parti pisser au moment de la grande distribution des sens critiques...

undefined

Quand Ben – le misérable avorton qui peint des tableaux noir avec un slogan en blanc écrit dessous – va jusqu’à infester les trousses et agendas de nos petites têtes blondes, tout en restant une référence du monde de l’art, on se dit que quelque chose cloche. Et que, encore une fois, Debord avait tout compris et tout deviné dans La société du spectacle : «la culture, devenue intégralement marchandise, doit aussi devenir la marchandise vedette de la société spectaculaire.»  

 
ben.jpg

Le geste inaugural de Duchamp, splendide, ne pouvait par définition être répété. Ne pouvait s’inscrire que dans un moment donné, pour ouvrir de nouvelles directions après avoir tout mis par terre. C’est exactement le contraire qui s’est passé. Et depuis 90 ans maintenant, la plupart des artistes se posent une question par définition insoluble : comment aller plus loin ? Comment trouver un concept plus révolutionnaire ? Débilité absolue du raisonnement qui conduit aux pires effractions esthétiques. Et a fini par pourri définitivement l'immense majorité d'un l’art conceptuel qui n'a par la suite pas tardé à se positionner dans la lignée des productions cupides de cet arnaqueur aux petits pieds et à l'appétit financier gloutonnesque (cf. ci dessous, une de ses multiples génuflexions aux pieds du dieu dollar) qu'était Andy Warhol.
 

warhol-dollar-sign.jpg

Dans l’art, le peuple ne cherche plus consolation et exaltation, mais les raffinés, les riches, les oisifs, les distillateurs de quintessence cherchent le nouveau, l’étrange, l’extravagant, le scandaleux. Et moi-même, depuis le cubisme et au-delà, j’ai contenté ces maîtres et ces critiques avec toutes les bizarreries changeantes qui me sont passées par la tête, et moins ils me comprenaient, et plus ils m’admiraient.
Picasso.
 
duchampLHOOQ.jpg Marcel Duchamp : LHOOQ

* rassurez vous : le rédacteur de cette note au ton vulgos a été viré directos. L’ONK, c’est pas Gala, hein…
** Oui, oui, ça nous a tellement dérouté qu’on en a fait notre porte-drapeau… 
*** Pour s’en convaincre, si aller à la FIAC vous répugne (on comprendrait), la lecture d’Artistes Sans Art, de Jean Philippe Domecq, est impérative : magistral démontage de la facticité absolu de l’art contemporain et de son fonctionnement financier. Il y insiste avec pertinence sur ce phénomène pervers qui fait de tout détracteur de l'art contemporain un réactionnaire en puissance. Lui en a d'ailleurs plutôt fait les frais, ses positions radicales sur l'art contemporain ne lui ayant pas fait que des amis...
 
Ps : Cette diatribe contre l’art contemporain et les suiveurs artistiques au 20ème siècle, il nous apparaît nécessaire d’y apporter un léger bémol. Parce que nous n’avons traité ici que de l’approche conceptuelle de l’art celle initiée par Duchamp et basant son travail sur les idées plus que sur l’esthétique. Si l’on aborde l’art rétinien, à savoir celui qui explose aux yeux plus qu’au cerveau (Bacon, De Staël, Basquiat, Pollock, Asger Jorn...), qui s’adresse à l’imagination plus qu’à l’intellect, alors notre point de vue sera immensément différent et mille fois plus laudateur. Mais depuis les années 1990, l’art rétinien a quasiment disparu du champ de l’art contemporain… 

Par L'observateur impartial
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Dimanche 6 janvier 7 06 /01 /Jan 19:30
Murges et Littérature chez les Yankees


  Bukowski0.jpg

 
Je n’ai jamais très bien compris de quoi ça vient, mais je n’aime que les écrivains ivrognes. Je m’en suis rendu compte dernièrement, par hasard. Et ça ne cesse pas de me perturber. Je veux dire, je ne crois pas qu’il faille boire pour bien écrire. J’ai même tendance à penser qu’écrire bourré ne débouchera jamais que sur des bafouilles errantes et désordonnées. Reste qu’à l’arrivée, le fait est là : il n’y a que ceux qui boivent qui écrivent bien, avec panache. En tout cas chez les ricains. C'est curieux...
Janus Lumignon : Dionysos Stories
 
Le goût frénétique de l'homme pour toutes les substances saines ou dangereuses, qui exaltent sa personnalité, témoigne de sa grandeur. Il aspire toujours à réchauffer ses espérances et à s'élever vers l'infini.
Baudelaire
 
 
Cliché :
New York City. Un homme voûté est assis devant sa machine à écrire, une Underwood noire clinquante et crépitante. La nuit est tombée et l’homme empile les feuillets. Une bougie chancelante éclaire le tout. A côté de lui, une bouteille d’un alcool quelconque, whisky de préférence. Régulièrement, le type remplit son verre, consciencieusement, sans cesser de marteler son Underwood. Aux premières lueurs de l’aube, la bouteille finie, l’homme s’affale sur son lit. Le chef d’œuvre est en route…
 
C’est un poncif qui a la vie dure. Un poncif que tout amateur de littérature d’outre-atlantique connaît sur le bout des yeux : la littérature, chez les yankees, se conjuguerait immanquablement avec l’alcool. Ferait partie intégrante du processus de création.
Ici, à l’ONK, on aime autant la littérature ricaine que prendre à rebrousse poils les idées reçues. Et il nous semblait que cette idée de l’écrivain ricain inéluctablement ivrogne était une distorsion mentale généralisée. Une forme d’accessoire adossé au mythe littéraire pour faire plus sexy (au sens de plus Destroy), plus vendable.
Alors, on a enquêté, fermement décidés à démantibuler le mythe, à ébrécher cette légende d’écrivain ivrogne. On a fouiné, on a enquêté, on a interrogé des masses d’écrivains ou leurs proche, on a même été jusqu’à fouiller les poubelles de Bret Easton Ellis et à interroger la concierge de l’immense Brautigan pour prouver leur tempérance. Et …
On a rien trouvé. Peanuts.
Et finalement, on a dû en convenir : aux States, un écrivain qui ne boit pas n’est pas un écrivain.
 
Il y a ceux pour qui c’est une évidence.
Bukowski (photo en haut et tout en bas) est le meilleur exemple de la chose, tant on ne pourrait dissocier son œuvre de la picole. Enlevez à Hank sa vinasse, il n’est plus rien. Ca ne l’a pas empêché d’être un des plus grands stylistes de son temps*. Et on dirait même que ça l’a encouragé. L’anecdote de l’évacuation manu militari d’un Bukowski salement aviné du plateau de Bernard Pivot (Apostrophes) est connue. On sait moins que le succès de son œuvre en France fut largement boostée par cette apparition titubante, et pour tout dire assez misérable (donc classe, CQFD). 
Il n’y a pas un livre de Bukowski qui ne suinte par l’alcool par toutes les pages. Il n’y a pas un livre de Bukowski qui soit dispensable.
On pourrait y voir un cas extrême, et en un sens c’est le cas, mais ce serait nier toute l’histoire de la littérature anglo saxonne au 20ème siècle : 
Faulkner ? buvait comme un trou. En est mort.
Hemingway ? la meilleure manière de le rencontrer était de fréquenter son bar préféré (entre midi et 3 heures du mat).
John Fante ? Fallait se lever tôt pour le trouver sobre. Et son fils Dan a repris le flambeau éthilyco/littéraire avec un enthousiasme non feint... 
Brautigan ? Un artiste de la picole tout au long de sa vie déprimée, imbibant avec ardeur sa longue moustache blonde de toute substance alcoolisée passant à sa portée.
Dylan Thomas ? Son alcoolisme est souvent la seule chose que les gens – bandes de nuls ! – connaissent de ce génial poète. 
Malcolm Lowry ? Son bouquin mythique et fortement autobiographique, Au dessous du volcan, raconte l’histoire d’un type détruit qui saute de cantina mexicaine en cantina mexicaine en s’abreuvant de mescal. Le livre est assez proche de la destinée personnelle de Lowry, mort un lendemain de cuite. 
Bret Easton Ellis ? N’en parlons même pas (cf ci dessous à droite, avec un autre grand écrivain éthilyco/toxico/déjanté : Jay Mc Innerney)…

BRET-1.jpg

Et la liste s’étend, quasi à l’infini : Jim Harrisson, Heny Miller, Kerouac, Burroughs, Hubert Selby junior, Alexander Trocchi, Hunter S. Thompson… Peut-être pas tous des poivrots finis, mais des gars qui avaient un très sérieux penchant pour la bouteille (et/ou les drogues). Kerouac, à l’époque de sa réclusion misérable et solitaire chez sa môman, peu avant sa fin donc (cirrhose), avait une descente effroyable.
Même ceux qu’on imagine peu enclins à la chose, barbotaient dans la picole avec ardeur. Jack London, l’aventurier du grand nord, infatigable reporter courant le monde, qu’on aurait plutôt tendance à se représenter comme l’archétype du type sain, a vite fait ses preuves de Docteur ès murges d'envergures. D'ailleurs la lecture de son édifiant Cabaret de la dernière chance, tentative assez désespérée de chasser le démon de l’alcool par une vigoureuse dénonciation de ses méfaits, est plus que conseillée.
 
Finalement, ce qu’on prenait comme manifestation d’un imaginaire assez kitsch (l’écrivain malaxant son œuvre dans une frénésie alcoolisée solitaire) relève de la pure et simple réalité.
D’ailleurs, il est peut être temps de s’interroger : est ce qu’il ne faudrait pas forcer les écrivains français (pour la plupart fils de Flaubert et de son mépris de l’alcool : "Se griser avec de l'encre vaut mieux que se griser avec de l'eau-de-vie", dixit l’intéressé) à boire un tantinet ? C’est peut être à cause de cette tempérance franchouillarde que les écrivains à panache – ceux qui écrivent avec leurs tripes – n’existent pas vraiment en France. Et que quelqu’un comme Gainsbourg, ivrogne notoire et styliste incontestable, serait finalement ce qui se rapproche le plus de la littérature américaine dans toute sa splendeur (on ne parlera pas ici des petits péteux à la Beigbeder, convaincus d’être de la même trempe, mais ne valant pas – à notre humble avis – plus que des pets de lapin). Il y a Philippe Djian, aussi, mais paraîtrait qu’il a arrêté de boire…   
 
 
Un homme qui ne boit que de l'eau a un secret à cacher à ses semblables.
Baudelaire
 
Bukowski.jpg
* A ceux qui doutent des talents du sieur Bulowski, lisez ou relisez Mémoires d’un vieux dégueulasse, les Contes de la folie ordinaire ou toute autre production du mozart de la canette à écrire, avant de revenir hanter ces lieux de votre triste personne. Et si vous doutez encore, rentrez chez vos mamans sans plus tarder. 
 
Ps : Après avoir écrit ce billet, on s’interroge : est ce que c’est nous, désaxés notoires de l’ONK, qui n’aimons que les écrivains titubants ? Ou est-ce que le panthéon littéraire américain est vraiment un ramassis d’éponges imbibées ? Si quelqu’un a un élément de réponse, qu’il le dise fissa. Ou se taise à jamais.
 
Pps : A tous les chipoteurs que je pressens arriver avec leurs gros sabots culturels, genre "et Tom Wolfe, alors, y picolait pas des masses, non ?" ou "Il y a ce type dans l'Illinois dont j'ai oublié le nom mais qui écrit génialement tout en restant d'une sobriété exemplaire", l'ONK réplique unanimement, avec une intensité non dénuée de mépris : "crotte " ! Ce que nous cherchons ici, ce n'est pas une vérité scientifique sans exception, mais une tendance générale liée à la littérature américaine.

 

Par L'observateur impartial
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Lundi 31 décembre 1 31 /12 /Déc 00:00
L’ONK frappe un grand coup : 4 merveilles
pour le prix d’une !

artists-20sketching-1--copie-1.jpg
 

D’abord, on voulait écrire quelque chose sur l’Oeuf. Avec un grand O.
Sa splendeur indépassable. Son insertion durable dans le quotidien des fiers à bras de l’ONK (c’est bien simple, on ne mange que ça). Son inscription dans l’histoire et sa découverte de l’Amérique avec son pote Christophe C. Sa débonnaire rondeur de bon aloi.
C’eut été approprié, en ces périodes de débauche culinaire. C’eut été un message fort envoyé aux grasses agapes suintant dans l’air du temps. Genre : « point ne sombrons dans votre invitation à la démesure festive. Nous, Gandhis postmodernes de l'ONK, nous contentons de peu. »
L'Oeuf ? Une modestie frôlant la perfection. Un appel aux armes par la frugalité. Nous revenait aussi en mémoire ce bouquin de Paul Auster, Moon Palace, où le héros désargenté survivait toute une année en ingérant ses deux œufs quotidiens. On aurait pu faire quelque chose avec ça, donner au sujet une tonalité plus intellectuelle. Même si Paul Auster reste Paul Auster (« trop propre et lisse pour être honnête, ce petiot », dixit ma tante Adélaïde).
Nous aurions pu aborder, avec une admiration non dissimulée, le travail essentiel et trop méconnu des héros du Comité National pour la Promotion de l’œuf *. Leur lutte pour sauver l’œuf, leur panache. Ce qu’ils nous apprirent sur les merveilles du genre ovipare :  « Le plus gros oeuf de France, pondu par une poule du Pas de calais en 1994, pesait 202g. » Ou sur l’inscription durable de l’œuf dans le panthéon littéraire universel. Citons Horace et son Eloge de la frugalité, expliquant : « Les œufs de forme allongée ont une saveur meilleure, un blanc plus blanc que les ronds. Souviens-toi que c’est ceux-là qu’il faut servir, car leur coque renferme un jaune mâle. » (nous n’oublierons pas, promis)
Il y avait tant à dire sur la question. Sur la lutte épique menée pour la sauvegarde de l’épure en cuisine, contre tous les tenants du tarabiscoté culinaire. Et d’autres chevaliers ès casseroles, tel Jean Pierre Koffe, nous eussent sûrement encouragé. Ca aurait eu de la gueule, comme croisade.

Mais on craignait de s’embarquer sur un sujet qu’on ne maîtrisait pas assez.
Il valait mieux laisser ça aux professionnels de l’œuf et aux héros du CNPO (Je le répète, chapeau bas, les mecs. Votre combat est juste, votre cause est noble).


cnpo.gif
 


Du coup, on était bien embêté. Il nous fallait trouver autre chose.
Il y avait bien cette nouvelle récemment tombée dans l’escarcelle de l’ONK : les écoles du comté de Seminole, fief ricain n’ayant peur de rien, viennent de remplacer les traditionnels bons points et images distribués aux bons élèves, par des bons donnant droit à un repas complet chez Mac Do. Transformer tous les petits boutonneux à lunettes du  premier rang en obèses grassouillets, voilà qui nous semblait réjouissant en cette fin d’année morose. Ces admirables ricains ont toujours une longueur d’avance sur nous…
Et puis l’impudence absolue des directeurs marketings de Mc Do nous semblait assez soufflante : «McDonald's ne fait pas de publicité dans les écoles. Il s'agit là d'un programme local pour promouvoir l'excellence académique et récompenser la réussite scolaire.» (William Whitman, porte parole de la firme). Du grand art. **


mcdo.png

 
Mais développer le sujet nous barbait un peu. Il eut fallu chercher des infos, déterrer la hache de guerre avec nos frères d’outre-atlantique, déléguer quelques reporters sur les lieux alors que nos finances ne sont pas au top (pourquoi vous croyez qu’on bouffe que des œufs ? Pour le goût ?).
Trop compliqué.
 
Puis on est tombé sur ce sketch.
Cadeau bonus Bourvil
Et tout s’est éclairé. Exactement ce qu’on voulait. Léger et tordant. Subtil. Simple comme bonjour. Suffisait de rajouter 3 lignes à la con, genre « on n’a jamais fait mieux, c’est indéniable… le temps glorieux de l’ORTF … on échangerait pas cent trillions de tonneaux de Bigard ou Dubosc contre un tonneau de Bourvil …  ».
Ou alors de déblatérer sur sa figure rubiconde comme personnification d’une époque révolue ou les vrais mecs s’appelaient Lino Ventura et où les épouses de présidente, Yvonne en tête, restaient à la maison à tricoter des pyjamas à l’élue de leur cœur.
Emballé, c’était pesé.

Mais non. A l’heure de bouclage, notre tâche accomplie, fiers de notre travail et de la statue journalistique érigée à l’admirable Bourvil, les télex se mirent à crépiter dans la salle de rédaction. Et la nouvelle ne tarda pas à se répandre : il y avait une vidéo qui explosait sur le web, petit bijou d’humour à l’approche indépassable. Nous visionnâmes la chose, détournement débile d’un clip vieillot de Michael Jackson.
Cadeau bonus Jackson
(Ca claque, hein ? Y’a des types, quand même, ils perdent pas leur temps à des conneries…)
Et convinrent unanimement que nous ne pouvions passer à côté d’une actualité aussi brûlante et percutante. C’eût été perdre notre statut de défricheurs sans foi ni loi.
 
Il était tard. L’ambiance était poisseuse. On en pouvait plus. Une secrétaire s’est mise à pleurer convulsivement. Il a fallu la faire emmener. Les mines s’allongeaient.
Alors, on a pas chipoté. On a tout mis ensemble, rafistolé ça comme on pouvait. Et on l’a balancé tel quel.  
Indigeste, peut être, mais copieux.
Comme un repas de réveillon merdique, quoi. Adapté.  

                                                                           chat-dansant-1.jpg
 

* http://www.oeufs-asso.com/
** http://consottisier.blogs.liberation.fr/marie_dominique_arrighi/2007/12/de-bonnes-notes.html

Ps : pour les illustrations, se plaindre au service maquette. La consigne était : " trouvez quelque chose de subtil et léger, festif et épuré. On a un problème de lourdeur, côté texte, on craint l'indigestion. Evitez de surcharger avec des illus. gueulardes". Il semblerait que l'on n'ait pas été écouté... 

*
Par L'observateur impartial
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Vendredi 21 décembre 5 21 /12 /Déc 21:11
Noël ne passera pas l'hiver
          
undefined
 
Achever l’art, aller dire en pleine cathédrale que Dieu était mort, entreprendre de faire sauter la tour Eiffel, tels furent les petits scandales auxquels se livrèrent sporadiquement
ceux dont la manière de vivre fut en permanence un si grand scandale.
(Guy Debord, In girum imus nocte et consumimur igni.)
 
Ta lettre est trop longue, pauvre merde.
(Amirable père noël zélé répondant à un de ses jeunes
admirateurs. Voir plus bas.)
 
 


MANIFESTE POUR LA PROLIFERATION
DES STEACKS DE RENNES


 
NOUS,
laborantins de l’ONK réunis en conclave, 
intègres autant qu’informés, passionnés autant qu’objectifs,
peuple fier et ardent, 
déclarons par la présente :
 
 
LA GUERRE                                                                                                         
aux cupides et périodiques déploiements de fastes 
aux scintillements obscènes des guirlandes électriques 
aux sourires fatigués des caissières surmenées de Carouff
aux dindes fourrées, oies grasses et rennes volants
 
aux barbus en habits rouges
aux mioches qui braillent pour  obtenir gain de cadeau 
aux lutins, trolls et autres farfadets 
et à leurs ateliers de confection de merde
 
à l’horrible déferlement publicitaire qui nous traque jusque sous nos couettes
à Michel Drucker et son noël permanent
à l’enfant Jésus
aux dégoulinantes messes de noël
à tout ce qui est rouge, clignotant ou empaqueté.
 
Défendeurs du kistch dans ce qu’il a de plus pur, d’innocent, de non-prémédité, nous ne tolérerons pas plus longtemps la présente situation empiétant sans vergogne sur notre territoire de prédilection. Le kitsch ne saurait s’assortir de réflexions commerciales. Et ne peut se concevoir que dans l'absurde et l'inutile.
Notre guerre est juste.
Personne ne saurait nous dépouiller, nous spolier de notre juste droit à bouder durant l’hiver.
Le sourire forcé ne passera pas par nous.

Ce sera KITSCH CONTRE KITSCH.
Bûche de noël contre vinasse faisandée de l’ONK
Gentils rennes contre pingouins malveillants
Vieilles bigotes contre jeunes soûlards
La Samaritaine contre La Foirfouille
Mickey contre Ice MC
Carla Bruni contre Courtney Love
Prude vierge Marie contre Marie Madeleine aguichante
Franck Sinatra contre Jerry Lee Lewis
Le mielleux ramolli contre le trépidant épileptique
 
Combat épique entre tous.
Dantesque.
Dans une optique de détournement maximal des guignoleries surconsommatrices, tous les moyens seront jugés bons pour attenter au sous-kitsch de la nativité : papillotes explosives, bûches corsées aux laxatifs, absinthe dans le verre de mamie, copulation pendant la messe de noël, gribouillages sur vos missels (pour les plus petits), sabordages de traineaux (pour les plus pirates) ou génocides de rennes (pour les plus chasseurs)...
 
Camarades,
Le Kistsch sera total et absurde ou ne sera pas,
La victoire nous attend !
 
    Janus Lumignon
    Et les têtes chercheuses de l’ONK
   
  undefined

Ps : Nous ne sommes pas seuls. Et tenons par la présente à également saluer l'action de ceux qui défendent les mêmes buts que nous :
 
1.Ce bénévole canadien, volontaire pour répondre aux lettres des mioches trop gâtés au nom du père noël, et n’hésitant, n’écoutant que son devoir, à insulter ceux qui le méritaient. Nul doute que le bambin braillard qui reçut par le courrier le définitif : « ta lettre est trop longue, pauvre merde », considérera désormais le père noël avec plus de circonspection.
Le héros de noël : article

Bravo, camarade !
 
2. Les fières têtes à claques de l’UTECAL (unité de terrorisme fécal), démolisseurs avisés de l’ordre bourgeois et de ses dérives en période de fête, habités d’un bon goût qui ne déparerait pas dans un sketch de Bigard. (Gras Strasbourgeois : gare à tes fesses !)

undefined

3. L’horrible et si croustillant Didier Super et sa magnifique reprise de champs de noël à la sauce capitaliste : Petit papa chinois
 
4. Enfin, comment ne pas se reconnaître dans la démarche d’illustres prédécesseurs, profanateurs réjouissants de célébrations bigottes, cités par le grand Greil Marcus. Longue citation qui a valeur de révérence admirative :

À 11h10, le matin du 9 avril 1950, quatre jeunes gens — dont l’un déguisé de la tête aux pieds en moine dominicain — entraient dans Notre-Dame de Paris. La grand-messe de Pâques* battait son plein, dix mille personnes venues du monde entier se pressaient dans la cathédrale. “Le faux dominicain”, comme l’appela la presse — Michel Mourre, vingt-deux ans — profita d’une pause après le credo pour monter en chaire. Il commença la lecture d’un sermon qu’un de ses co-conspirateurs, Serge Berna, 25 ans, avait rédigé :

Aujourd’hui, jour de Pâques en l’Année sainte

Ici, dans l’insigne Basilique de Notre-Dame de Paris,
J’accuse
l’Église Catholique Universelle du détournement mortel de nos forces vives en faveur d’un ciel vide ;
J’accuse
l’Église Catholique d’escroquerie ;
J’accuse
l’Église Catholique d’infecter le monde de sa morale mortuaire,
d’être le chancre de l’Occident décomposé.
En vérité je vous le dis : Dieu est mort.
Nous vomissons la fadeur agonisante de vos prières,
car vos prières ont grassement fumé les champs de bataille de notre Europe.
Allez dans le désert tragique et exaltant d’une terre où Dieu est mort
et brassez à nouveau cette terre de vos mains nues,
de vos mains d’orgueil,
de vos mains sans prière.
Aujourd’hui, jour de Pâques en l’Année sainte,
Ici, dans l’insigne Basilique de Notre-Dame de France,
nous clamons la mort du Christ-Dieu pour qu’enfin vive l’Homme.

Le cataclysme qui suivit surpassa l’attente de Mourre et de ses compagnons qui, au départ, n’avaient envisagé qu’un lâcher de ballons rouges. L’organiste, averti qu’un incident aurait lieu, étouffa la voix de Mourre juste après qu’il eut prononcé les mots magiques : “Dieu est mort”. Le reste du discours ne fut jamais prononcé. Brandissant leurs hallebardes, les gardes suisses se ruèrent vers les conspirateurs et tentèrent de les tuer. Les camarades de Mourre s’étaient précipités vers l’autel pour protéger la fuite de leur ami. L’un d’eux, Jean Rullier, 25 ans, eut le visage balafré. Les blasphémateurs s’enfuyaient. Mourre, dont l’habit était maculé du sang de Rullier, bénissait allégrement les fidèles tout en se frayant une sortie. Ils furent capturés ou plutôt secourus par la police. La foule qui les avait chassés tous les quatre vers la Seine était sur le point de les lyncher. À la vue de la populace avançant sur le quai, un complice qui tenait une voiture prête pour la fuite démarra sans attendre. Marc’O et Gabriel Pomerand, présents dans la cathédrale, s’esquivèrent et rentrèrent droit à Saint-Germain-des-Prés propager la nouvelle.
(Greil Marcus, Lipstick Traces)
 

sermon-notre-dame.jpg   (Mourre et Berna, répétant, quelques minutes avant l'action)
 

 * Pâques / Noël, vous allez pas chipoter, hein...
 
 
Par L'observateur impartial
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Mercredi 19 décembre 3 19 /12 /Déc 10:30

 Daniel Johnston / Fatty Arbuckle : destins croisés
de 2 chiennes de vies

Loosers.jpg

 
 
L’un (Roscoe Fatty Arbuckle) est un des plus grands oubliés de l’histoire du cinéma.
Un genre de Dreyfus version hollywoodienne, calomnié, bafoué, éclipsé, pour un crime qu’il n’a pas commis (sordide histoire de viol à la bouteille de coca dont il fut totalement innocenté). Traîné dans la boue par une meute d’envieux et d’hypocrites alors qu’il était au sommet de sa gloire.
  
L’autre (Daniel Johnston) est un songwritters de génie, abonné aux dépressions nerveuses et généralement considéré comme un doux naïf sans grand talent.
Incapable de supporter les premières vaguelettes de succès, maniaco-dépressif d’envergure, oscillant entre hôpital psychiatrique et confinage autiste chez maman, le sublime chanteur perturbé n’a jamais été reconnu à sa juste valeur.
  
Les deux magnifique ont en commun d’être tombés sur plus forts et plus méchants qu’eux : les autres.
  
Pour Fatty (son nom de scène, "gros lard" en ricain), il se traîne depuis ses débuts ce surnom qu’il déteste. Mais il n’y peut rien. Ca fait partie de son image auprès du public, cette obésité bonhomme. Et puis il fait avec : son énergie légendaire alliée à son expressivité démente compensent son mal être. A force d’inventivité cinématographique, il finit par triompher. Et enchaîne des faits d’arme tous plus grandioses les uns que les autres :
Entre autres : 
C’est lui qui est à l’origine de l’invention du gag de la tarte à la crème dans le pif (ce n'est pas rien, non?).
Qui a sorti Charlie Chaplin et Buster Keaton de la dèche absolue dans laquelle ils clapotaient en les invitant sur ses films. 
*

fatty-Charlie.jpg *

Qui a également – avant sa déchéance – été l’acteur le mieux payé d’Hollywood (donc du monde) à l’époque glorieuse du cinéma muet. 
Un type magnifique, qui a force de faire rire les gens et de jouer le rôle du pauvre type humilié, s’est sorti tout seul de la mouise. A triomphé des éléments. Avant de déchanter dans les grandes largeurs quand les éléments se liguent contre lui (ce faux scandale évoqué plus haut). Et sombre dans l’alcoolisme et la dépression quant il devient la cible préféré des ligues de vertu et des antisémites de tout poil *. Incapable de se relever quand tout Hollywood le considère comme indésirable. Et vite emporté (en 1933) par une crise cardiaque consécutive à ses abus.
 
Pour Daniel Johnston, sa grandeur s’inscrit dans une époque plus contemporaine (le saint homme est d’ailleurs toujours en vie). Paumé entre les paumés, il a écrit quelques unes de plus belles chansons imaginables : simples, innocentes au possibles, sans sophistication ni ostentation. Il gratouille sa guitare, balance quelques paroles sur sa chienne de vie (Joy without pleasure), sur les filles qui fuient (I’ll never be married), les idées noires qui l’assaillent (Despair knocked at my door), sa peur du diable (devil song) ou sur les tribulations de Casper (Casper the friendly ghost), avec une franchise salement désarmante. D’abord dans son coin, sur des cassettes ** destinées à ses quelques potes texans. Puis, quand quelques dénicheurs de pépites avisés commencent à l’encenser, de manière plus étendue. Ce que son fragile équilibre psychique ne supporte pas. Le jour où Kurt Cobain commence à porter des T-shirts à sa gloire (cf. ci dessous) jusque dans des émissions de MTV, il est incapable d’assumer sa soudaine notoriété. Et Sombre dans la folie ***.
*

Johnston-kurt.jpg *

Deux loosers magnifiques. Deux Naïfs entubés par une époque trop cruelle. Deux dépressifs en puissance sublimant leurs souffrances. 
Deux héros de l'ONK.    



J’étais sur MTV. Tout le monde me regardait. Je tenais la main du diable.
(Daniel Johnston : extrait de chanson "Held the hand", sommairement traduit par l’ONK ****)
 
True love will find you in the end / Don't be sad, I know you will /
But don't get up until / True love will find you in the end.
(Daniel Johnston : Extrait de chanson True love will find you in the end *****)
 
 
* La seule fois de son histoire où la cour suprême américaine proféra des excuses solennelles pour les erreurs de la justice. Ca ne suffira pas à le réhabiliter aux yeux d'Hollywood tant tout le monde le préférait coupable. Maigre consolation : les deux seuls à ne pas l'avoir abandonné furent Charlie Chaplin et Buster Keaton.   
 ** Ses plus beaux albums. cf., entre autres pépites indépassables : Hi, how are you ? et Songs of pain.
*** Encore aujourd’hui, le sieur Johnston alterne entre phases dépressives aigues et phases de timides rémissions. 
**** Se référer à l’original si vous êtes pas contents.
 
***** Hé ho. Je vais pas traduire ça, quand même...

danieljohnston.jpg

Par L'observateur impartial
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 16 décembre 7 16 /12 /Déc 12:16
De l'art de prouver qu'on  n'est pas obligé d'être humain
pour martyriser son prochain.
 




Que rajouter ?
Tout est dit... *


* de l'art de se foutre de la gueule du monde en faisant passer un silence flemmard pour une argumentation en bonne et due forme...

"Il n'y a que dans les dessins animés que l'on voit des pingouins joyeux"
(Andreï Kourkov)

Par L'observateur impartial
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Vendredi 14 décembre 5 14 /12 /Déc 16:30
Vivats de la foule, théories batraciennes, canular classieux
et reconnaissance littéraire
 
  Brisset3.gif
 
La création de Dieu n’est pas l’homme animal, c’est l’homme spirituel qui vit par la puissance de la Parole et la parole a pris son origine chez le bi-archiancêtre, la grenouille, il y a plus d’un million et moins de dix millions d’années. Les grenouilles de nos marais parlent le français, il suffit de les écouter et de connaître l’analyse de la parole pour les comprendre, car tout instinct exprime un même mouvement, chez les animaux comme chez les homme 
Jean Pierre Brisset.
 
En attendant, la grenouille, comme l'homme, peut fumer la cigarette : le singe ne sait pas fumer. 
Jean Pierre Brisset
 
 
 
6 janvier 1913.
Jean Pierre Brisset, ce matin là, se lève avec le sourire. Confiant.
C’est qu’aujourd’hui, enfin, on reconnaît son talent. On consacre son génie.
Ce n’est pas trop tôt. Ce n'est que justice. 
Sa toilette faite, son frugal repas – sous-chef de gare à Angers, ça ne gagne pas lourd – englouti, il relit cette lettre miraculeuse reçue deux jours plus tôt. Son passeport pour la reconnaissance, ticket pour le panthéon joliment calligraphié :
 
« Illustrissime M. Brisset,
fort de vos travaux en linguistique, de votre immersion toujours plus poussée dans les problèmes de notre temps et des révélations scientifiques de toute beauté contenues dans l'indispensable opus que vous m'envoyâtes, La grande révélation, j’ai l’extrême honneur de vous informer que notre confrérie, illustre cénacle constitué de l’élite vive de la nation, vient de vous décerner le titre honoris causa de Prince des penseurs.
Une cérémonie en votre honneur aura lieu le 6 février avec banquet, discours et conférence de rigueur à l’Hôtel des sociétés savante. Une visite au Penseur de Rodin est également prévue.  
Nous comptons sur votre présence. 
Votre très honoré,
Jules Romain. »
   
Un sourire s’attarde sur ses traits d’habitude si austères. Brisset jubile. Princes des Penseurs, quand même, ça en jette. Et cette descente en capitale ne peut qu’être un triomphe, il le pressent. Cette revanche tant rêvée sur les rires gras et méprisants de la foule, il la tient enfin. Ils vont bien voir, tous ces bouseux, s’il est cinglé.
Le grand Jules Romain en personne, qui le convoque ! Qui reconnaît son importance et consacre son œuvre ! Il aimerait bien voir leur gueule, aux sceptiques angevins, quant ils sauront ça. 
 
En attendant, il relit ses notes. Ce serait trop bête de rater son entrée magistrale dans le landerneau scientifique par manque de préparation :
« L’homme est né dans l’eau, son ancêtre est la grenouille et l’analyse des langues humaines apporte la preuve de cette théorie. *»
 
Pas mal ce début. Synthétique, convaincant, modeste.
Il peut continuer sa lecture :  
« le 5 janvier 1883, c’est ce jour qu’il nous fut révélé que le latin est un argot et successivement que la parole remontait à la création des ancêtres de l’homme jusqu’à la grenouille (…)
La grenouille fait clairement entende les cris : coaque, coèque, coéque pour appeler à la coaction et couique ou couic, en échappant au danger. Coaque ou coac s’analyse : Que haut à que = ici haut à ce lieu (…)
Un jour que nous observions ces jolies petites bêtes, en répétant nous même ce cri : coac, l’une d’entre elles nous répondit, les yeux interrogateurs et brillants, par deux ou trois fois : Coac. Il nous était clair qu’elle disait : quoi que tu dis ? »
   
Limpide. Ils ne pourront que s’incliner. Maestria de la démonstration. Tour de force scientifique. Darwin peut aller se rhabiller fissa.
 
Seul regret, il sait qu'il ne pourra aborder tous les sujets qui lui tiennent à coeur. C’est que ses sphères de recherche sont remarquablement larges. Et qu'en une heure, il ne saurait évoquer l'intégralité de ses travaux. Comment parler de cette méthode de natation révolutionnaire (L’art de nager appris seul en moins d’une heure **) concoctée il y a dix ans ? Comment aborder la question – essentielle dans ses recherches – de la phénoménologie du rire en société ? 
Pas le choix, il faut faire un tri. Draconien. Se consacrer sur l’essentiel : à savoir, l’origine batracienne de l’homme.
 
Puis, son discours lu, relu et peaufiné, Jean Pierre Brisset enfile son chapeau miteux, claque la porte et file prendre son train pour Paris. S’élance vers son destin lumineux et les vivats d’une foule éblouie ***.
La gloire, enfin !!!
   
 

* Toutes les citations du sieur Brisset sont rigoureusement authentiques. Au besoin se reporter à l’indispensable Les Origines humaines, éditions RROZ, 2001. Ou aux pléthoriques œuvres complètes publiées aux très courageuses éditions Presses du Réel.
   
** Editions Presses du Réel. Opus splendide dans lequel, entre autres théories farfelues, Brisset livre au lecteur les plans de sa "ceinture caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur© ", avec dessins et exemples.
 
*** Les dizaines de joyeux drilles mobilisés par Jules Romain pour l’occasion, accorderont au Prince des Penseurs l’accueil qu’il méritait. Et le principal intéressé jamais ne soupçonna la possibilité d’un canular.
Plus tard, nombreux seront les grands noms à s’intéresser à son œuvre d’illuminé foutraque. D’André Breton (qui évoque longuement le cas Brisset dans son Anthologie de l’humour noir) à Michel Foucault, Marcel Duchamp ou Jacques Lacan, les théories batraciennes de Brisset inspirèrent nombre d’illustres suiveurs.   


natatoires-1.jpg
Planche tirée de L’art de nager appris seul en moins d’une heure
(notez je vous prie les similitudes hgestuelles omme / grenouille,
preuves s'il en est de la justesse des théories de Brisset)

 
Cadeau bonus de l'ONK :
Extraits, en exclusivité mondiale, de La grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain (mazette!), 1883 : By Jean Pierre Brisset :
 
I : L'ire
Le premier i est le membre raide ou droit. La violence de l'érection créa l'ire ou la colère, fit jeter les premiers cris et aller de tous côtés. On peut dire que la vie commença par la lettre i, comme c'est par la laiterie que l'enfant commence à vivre.
 
L : La langue
L est la consonne des lèvres et de la langue; elle appelle vers le sexe, le premier lieu, l'yeu. Le langue à-jeu, le l'engage, le langage. Son origine est un appel au lèchement.
 
Q : La queue
Nous avons indiqué spécialement la valeur de queux à la lettre C.

Les queues réelles causaient des querelles.

Tu ma queue use, tu m'accuses.
La queue use à sillon, l'accusation. 
Qui sexe queue use, sa queue use.
 
    
Par L'observateur impartial
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus