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Mardi 20 novembre 2 20 /11 /Nov 23:20

Eh les gars, vous en êtes aussi ?
ah bah merde alors
 
*

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Deux minutes avant, on suivait le cortège de la CNT. On reprenait en coeur "Assassins de la police" que crachait la sono. Et on s'apprêtait à huer le premier képi passant à notre portée. 
Et soudain, sans prévenir, voilà sur quoi l'on tombe :
"Les CRS au service du peuple" ?
Fichtre. Sacré programme... 

Mais, dans ce cas, 
sur qui vont pleuvoir nos pavés ? 
Qui diable seront les infortunés récipiendaires de notre juste courroux ?  
Tout fout le camp. * 
Les bras propulseurs nous en tombent.

Reste que, si même eux s'y mettent, l'avenir s'annonce bigrement radieux... 


* Comme nous le disait hier encore cette très "digne" mamie tremblante de rage anti grévistes, croisée dans le métro, juste avant qu'elle ne bourre de coups de pieds fallacieux, l'air de rien, l'énergumène basané ayant osé trébucher à proximité de son corps de vieille bique. La Jean Pierre Pernaut Connexion, aka Revival Poujade, avait encore frappé.

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Ps: oui oui, les vigoureux syndicalistes de la Confédération Trans-nationale du Kitsch savent que les CRS, ce n'est pas seulement ceux qui matraquent  à tour de bras du haut de leur harnachement robotique. Qu'on peut les voir gambader dans nos pâturages montagnards ou éloigner les méduses à Palavas les Flots. Mais quand même, la scène a fortement titillé notre radar à scènes incongrues. L'aiguille du kitschomètre indiquait 7.2, ce n'est pas rien....

*
Par L'observateur impartial
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Lundi 19 novembre 1 19 /11 /Nov 21:40
     Le petit teuton débile. De l’art de se faire un nom en défonçant son clavier 
      et en couinant comme un goret.
 
 
Vrai ou faux ?
Délire fumeux d’ado ou pétage de plomb aussi réel que démentiel ?
Blague potache virtuose ou camisole à envisager d’urgence pour le petit teuton hurlant ?
Pas facile à dire.
On tergiverse.
Quoi qu’il en soit, le résultat est exceptionnel :
 
 
Lumineux.
Merveilleux.
Sans conteste, notre Attila des claviers fait ici usage de tous les ressorts traditionnels de la tragédie, avec une virtuosité digne des plus grands metteurs en scène :
Une gradation des sentiments, culminant en une explosion finale d’envergure.
Un héros ambivalent, petite boule de graisse dotée d’une puissance vocale affolante à faire passer Adolf pour un mou de la langue.  
Un suspense intenable : combien de temps avant qu’un des deux explose ? Et lequel en premier : l’ordi ou son tortionnaire congestionné ?
Une insertion très marquée dans les thématiques de notre époque trouble – en vrac : la malbouffe, l’emprise des technologies sur nos vies, la psychiatrie enfantine, le chamboulement de la puberté, les jeux vidéos et leur emprise sur la santé mentale de nos ravissants bambins…
Un huis clos à la puissance expressionniste absolue. Condensé d’amateurisme et de grand, grand jeu d’acteur (que ce soit joué ou pas). Le bruit et la fureur version gamer schizophrène.  
Must des musts.

***
 
Depuis le visionnage de cette vidéo, on ne parlait plus que de ça à l’O.N.K.. On échafaudait des théories, on palabrait, on s’insultait parfois. C’est que l’enjeu était d’importance : déterminer si une de nos recettes cathodiques anti-déprime les plus efficaces était factice ou pas mettait en jeu notre crédibilité.
Et, depuis quelques semaines, les questions fusaient :
La montrer ou pas ? 
Il en allait de notre réputation, une erreur d’appréciation aurait été fatale.
La garder pour nous ? 
C’eut été un crime impardonnable.
La présenter avec tous les guillemets de rigueur ? 
Ce n’était pas le genre de la maison. Ce que l’on montre, se doit d’être irréprochable, sans guillemets donc – « Un uppercut de certitude, où rien », comme on a coutume de dire, ici, au ministère des affaires kitschéénes. 
 
Alors, finalement, nous avons décidé de lancer une enquête d’envergure. Dévolu des sommes conséquentes à la chose. Fouiné un peu partout. Remonté la trace de la vidéo. Pour finalement retrouver le principal protagoniste de cette vidéo. 
Scoop d’envergure.
 
Il s’appelle Walter Kroupioc. Il a 14 ans. Et il vit encore chez ses parents, à Schessenberg, petite ville de Thuringie orientale.
Interrogé sur cette fameuse vidéo, Walter a fini par lâcher le morceau. On en est resté comme deux ronds de flan *.
 
Très sûr de lui, conscient de sa popularité fraichement conquise on the Web (un nombre faramineux de visionnages pour ladite vidéo), il a illico mis les choses au clair :
Oui, cette vidéo reflétait fidèlement les rapports de domination quotidiennement entretenu avec l’ordinateur familial.   
Non, ce n’était ni prévu, ni planifié, juste un accident de web-cam.
Oui, c’est lui qui avait diffusé la vidéo quant il s’était rendu compte de la chose.
Mais pas pour rigoler ou amuser les potes.
Par militantisme.  
 
C’est que Walter, aussi étonnant que cela puisse paraître, est un fin critique de la société de consommation. Jeune anarchiste sans foi ni loi, il appartient au mouvement des « nouveaux mormons contre le 21ème siècle ». Etrange tribu assez peu répandue hors de Schessenberg** et prônant une réaction ultra violente contre tout abus technologique.
Ce n’est pas qu’ils refusent la technologie. C’est juste qu’ils refusent qu’elle désobéisse, qu’elle montre des velléités d’indépendances.
 
Ce que nous a finement expliqué Walter :
« y’a pas moy qu’une putain de machine me marche sur les pieds.
C’est simple : tu désobéis ? Taloche !
Tu t’entêtes ? front kick !
Tu persévères ? barre de fer !
et ainsi de suite. Tu sais, mec, c’est comme les rapports humains, si tu t’imposes pas, tu te fais bouffer. Bah moi c’est pareil avec les machines. J’te dis pas la rouste que j’ai foutu à mon grille pain ce matin… »
 
Mais, l’avons nous interrogé, est ce qu’il n’en faisait pas un peu trop ? Est ce que les états dans lequel il se mettait ne pouvaient être vus comme légèrement disproportionnés ?
« Nan, mec. C’est une putain de discipline. Un truc à acquérir pour être prêt quand les robots débarqueront. Si le truc résiste, il faut être capable de le surpasser dans la bêtise crasse. Il n’y a qu’une chose qu’un circuit imprimé est à même de vraiment comprendre : la violence à l’état pur.
Et tu sais, cette vidéo, c’est rien à côté de la fois où la machine à barres chocolatées était bloquée à l’école. Pour ça, elle a pris cher… c’est cool parce que maintenant plus personne m’appelle « le gros » à l’école. On dirait que je leur fais peur. »
 
Respect...  

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* : note à moi même : ne plus utiliser « comme deux ronds de flan », ça fait craignos.
** : après recherches, il semble que notre héros soit pour l’instant le créateur et unique adhérent des Nouveaux Mormons Contre le 21ème siècle. Gageons que ça ne saurait durer.
*
Par L'observateur impartial
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Dimanche 18 novembre 7 18 /11 /Nov 02:49

Ratages divins ? 
Art brut, enfantillages et création du monde.
 
*
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*
Je sais pas trop, mec. J’ai toujours pensé qu’au fond la création du monde n’était qu’un processus artistique. Rien de divin ni de scientifique, là dedans. Juste un gars virtuose qui s’essaye à différentes techniques, à différents sujets, se cherchant, enchaînant œuvre sur œuvre, mais pas toujours de manière cohérente. Un artiste, quoi. C’est tout. Pas plus grand qu’un autre, disposant juste de moyens différents.
Moi perso, ce dont j’ai toujours rêvé, c’est de voir ce que d’autres auraient fait à sa place. Picasso créant les baleines à bosse, Dali les pieuvres, Renoir les montagnes ou Goya les cocotiers. Ca aurait de la gueule, non ?
Janus Lumignon : Entretiens sous Mescaline, 1975.
 
 
Au premier jour, Dieu créa les poissons des grandes profondeurs.

Pas con, le mec, autant s’entraîner à l’abri des regards inquisiteurs du public. Discrètement.
D’abord se faire la main dans son coin, puis, plus tard seulement, une fois les bases maîtrisées, étaler ses prouesses au grand jour.
Logique. 
 
Comme c'était encore loin d’être un artiste accompli, Dieu commença donc par ce qu’on risquait le moins de remarquer, de critiquer : le peuple des abysses, machins inutiles par excellence et invisibles à tous.
Qui s’aviserait de remarquer que par 10 000 mètre de fond vivent des créatures biscornues à l’extrême, tiraillées entre laideur absolue et inutilité totale ? Qui irait lui en tenir rigueur ? Par quels moyens ?
 
Alors le créateur put expérimenter sans crainte d’être jugé. Et laissa libre cours à ses errements esthétiques. Pour un résultat aussi merveilleux que déconstruit. 
Incohérent au possible.
 
Les poissons à mâchoires démesurées, les calamars géants, les trucs qui ressemblent à des dinosaures à nageoires, les monstrueuses sardines albinos de n’avoir jamais vu la lumière, les carnassiers piégeant leurs proies avec des dispositifs lumineux méchamment vicieux pour ce monde désespérément obscur – placer un genre de lampadaire portatif devant sa bouche pour attirer ses naïfs congénères avides de lumières, c’est un peu comme se débarrasser des toxicomanes en plaçant des doses d’héro sur une souricière géante, il me semble –, toutes ces monstruosités biscornues constituent les brouillons de Dieu. Ses premières esquisses.
Elles annoncent le divin, certes, mais ne le matérialisent pas encore. Le tâtent seulement, du bout du doigt.
Maladroites. Kitsch, pour tout dire.  
 
A bien y regarder, ces premiers essais ressemblent à un dessin de gosse surdoué. Ou d’aliéné. Imaginatif, bourré de détails invraisemblables, lumineusement absurde, mais terriblement peu crédible. Réjouissant d’incongruité. Un tracé névrotique, des contours zigzagants, des détails superflus, des appendices débiles, des couleurs criardes : l’œuvre d’un grand névrosé. D’un psychotique coupé d’un monde qui – à son crédit, quand même – n’existait pas encore.
Certes, la virtuosité technique est là.
Mais l’épure, bordel ! La retenue !
 
Si l’on veut s’aventurer un minimum dans les méandres de l’histoire de l’art, une évidence saute aux yeux. C’est que, indéniablement, le créateur de toutes choses n’a fait que suivre en accéléré la démarche suivie par les avants gardes artistiques du 20ème siècle :
D’abord l’excitation devant les possibles : couleurs, formes, tracés. La prise de conscience de l’éventail démentiellement large offert à la création.
Expressionnisme, fauvisme, cubisme, surréalisme… Tous les grands créateurs de l’époque ont vécu la même chose, le même phénomène. L’emphase d’abord, la volonté de tout mêler, de ne rien laisser de côté. Puis la prise de conscience : l’essentiel est ailleurs, plus simple, moins tarabiscoté.
C’est Matisse se cherchant pendant 50 ans, papillonnant entre les courants artistiques, avant de vraiment s’accomplir en décorant de formes simples et modestes la Chapelle de Vence.
C’est Mondrian commençant par peindre des paysages immensément colorés, avant de se tourner vers une abstraction toute géométrique. 
C’est Pollock lâchant toute forme de figuration traditionelle pour se tourner vers une représentation tellement plus simple (pas au sens de facile, hérétiques !) des sujets traités. 
 
Le reste, la suite, ce n’est que la banale histoire d’un maître qui a trouvé ses marques, enchaîne œuvre magistrale (« le troisième jour, Dieu créa les arbres ») sur œuvre magistrale (« le cinquième jour, Dieu créa le peuple des airs »), avant de tristement, sur la fin, sombrer dans la démesure ratée.
Processus connu, limpidement triste : comme beaucoup d’autres, la déchéance de la vieillesse. Le déclin des facultés, l’erreur sénile, la mégalomanie rampante. Après une perfection toujours plus marquée, la dégénérescence esthétique subite. Retour au point de départ, aux balbutiements, au ratage par dispersion : 
« Le septième jour, Dieu Créa l’homme ».
  
Il faut aimer la vie, même dans ses formes les moins attirantes. (Commandant Cousteau)    
* 

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Ps :
Explication alternative, en quelques mots, l’ONK tâtonnant encore concernant la justesse de ses théories révolutionnaires :
« Au premier jour, Dieu, bourré comme un coing – si on ne peut pas fêter la création de son monde avec quelques bouteilles d’ambroisie, je vois mal ce qu’on peut fêter – créa les poissons de grande profondeur. Et, vacillant, il vit que cela était bon. »
Et, comme de juste :
« Au septième jour, Dieu, salement torché – si on n’a pas le droit de fêter en compagnies de quelques bouteilles d’un divin nectar la finitude de son monde… –, expédia la création de l’homme en deux temps trois mouvements, pressé qu’il était d’aller s’affaler dans son canapé nuagesque pour cuver ses abus. Et il vit, quasi comateux, dans un brouillard visiblement trompeur, que cela était bon. »
 
Ps 2 : Un grand merci à la bible et aux théologiens consultés, pour leur aide inestimable. Gageons que les instances catholiques sauront reconnaître à leur juste valeur, l’ampleur et l’exactitude du travail ici mené sur les grandes écritures. Exégètes pointilleux des textes sacrés, nous l’avouons modestement, nous ne faisons qu’en retranscrire les divines paroles.  

**

*
Par L'observateur impartial
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Samedi 17 novembre 6 17 /11 /Nov 13:28

Sauvons le matin avec des bisons et des couleurs sépias.

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Certains matins chagrins devraient être bannis à tout jamais de notre environnement. Enduits de goudrons et de plumes, puis renvoyés chez leur maman y faire des crêpes (© frérot). En emportant fissa leur attirail grisâtre broute motivation.
 
Les fiers laborantins à blouses fluo du laboratoire international des kitscheries (L.I.K., sous division du tentaculaire O.N.K.) n’échappent pas à la chose. Loin s’en faut.
Seulement, eux, scientifiques chevronnés ont différents remèdes à leur disposition.
D’abord différents composés chimiques assez aventureux, cocktails narcotiques d’envergure dont nous ne parlerons pas – point ne voulons tomber sous le coup de la loi.
Mais aussi quelques remèdes purement neuronaux, généralement piochés dans le vaste foutoir paysago/culturel qui nous tient lieu d’environnement, foutoir éminemment kitsch il va sans dire (quid de cet observatoire, sinon ?) : chansons fleurs bleues à la Souchon*, promenades sur bords de Seine*, compositions ringardes au synthé*, lectures diverses et avariées*…
 
Ce matin, c’est une vidéo de Moriarty qui tient la corde de nos traitements anti-dépresseurs. Et qui, la première, se retrouve étiquetée « Merveille du monde animal, ou pas », par les vaillants observateurs de l’O.N.K.
 
 
Ps : Merci a Laborantine N°1 pour ses tuyaux de pubeuse. Sauver un matin, ce n’est pas rien.
 
* Nous y reviendrons si nous assumons…
 

 

Par L'observateur impartial
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Vendredi 16 novembre 5 16 /11 /Nov 22:27
De l’art et des raisons de Cryogéniser Paris Hilton. Fissa.  
 

Paris Hilton ? la Marilyn post-moderne, la classe en moins. Un vampire arctique aux appâts Lugubres. L’excitation décervelée, la séduction froide, la glaciation du sexe, décérébration en étendard. 
Je l’aime.
Tellement ancrée dans la vulgarité contemporaine, dollars comme viatique, fric comme religion, impudeur comme ligne de vie. N’est ce pas elle qui dernièrement déclara : « Je sors sans sous-vêtements, je déteste quand on les distingue sous une robe, je trouve ça tellement vulgaire » ? Rien à ajouter.  
Janus Lumignon : Femmes, tellement femmes, 2007.
 
C’est trop cool. Presque toutes les cellules du corps sont encore vivantes au moment où la mort est prononcée. Et si vous êtes immédiatement congelé, vous pouvez être parfaitement conservé. Ma vie pourrait être prolongée de centaines voire de milliers d’années
Paris Hilton
 
Ma ligne de bijoux a l'air chère, mais elle ne l'est pas. Je l'ai dessinée en pensant que mes fans aimeraient avoir un petit bout de moi.
Paris Hilton
 
 
Indispensable Paris Hilton ! *
Adorable, admirable, sainte Paris Hilton !
Notre sauveuse…
Non contente d’offrir des petits bouts de soi à ses fans argentés (ses bijoux, ses parfums), d’offrir des grandes bouts de soi – l’intégralité même – à ses fans lubriques (ses vidéos pornos), de bientôt sauver les orphelins rwandais (reporté à l’année prochaine, mais bientôt, promis), de sauver les éléphants alcooliques hindous («C'est vraiment horrible, les éléphants sont saouls toute la journée, c'est devenu dangereux. Il faut les empêcher d'avoir accès à l'alcool », 13/11/07. La courageuse sauveuse du monde fait ici référence à un problème récurrent des campagnes indiennes : les pauvres pachydermes ne cessent de céder à la tentation de la bière de riz, se bourrent la gueule en pillant les réserves du village, puis dévastent tout, punks à grandes oreilles, nouveaux vandales à trompes), d’avoir été désignée très officiellement personne ayant bénéficié de la plus grande couverture médiatique dans le monde pour 2006 (!!!), l’héritière des hôtels Hilton vient de décider de se faire cryogéniser avec ses deux chiens (Tinkerbell et Bambi, deux petites crottes grasses).
Hibernatus version midinette.
 
L’idée dépote grave. Et n’a que des avantages.
1/ Elle ne mourra jamais.
2/ Le futur pourra bénéficier de sa sagesse.
3/ Le présent pourrait parler d’autre chose.
 
Et l’ONK de s’enthousiasmer. Offrir en pâture à un avenir bien incertain la certitude rassurante de sa présence quand nous ne serons plus là : idée limpide. On doit avouer que si le personnage nous rebutait un tantinet auparavant, on applaudit fraternellement. Et on cède à l’euphorie. Quoi de plus rassurant que la possibilité de sa survivance éternelle ?
 
Guerre atomiques, planète exponentiellement déglinguée, virus en goguette, hausse des extrémismes de tout poil, nabots aussi incontrôlables que fascisants au pouvoir, orwellisation effrénée de nos mégapoles ?
Bien sur, on frissonne devant un futur qui s’annonce plutôt tortueux.
Mais, si tout va mal, il y aura toujours Paris Hilton et ses deux chiens. Donc il y aura aussi des magazines people. Donc des millions d’abrutis fantasmant sur sa plastique et ses déclarations pleines de bon sens. Donc des empires médiatiques à vocations décérébrantes. Donc quelques puissants contrôlant le monde.
Donc rien n’aura changé. CQFD.
Ouf.
 
C’est vrai aussi qu’on est un peu jaloux : pourquoi les hommes du futur et pas seulement nous ? Pourquoi on l’aurait pas pour nous tout seuls ?
Mais c’est raisonner en mesquins. En petits joueurs. Il faut bien partager nos richesses, non ? Pourquoi pas avec le futur ?
 
Et puis, pour tout vous dire, ce qui trotte dans la tête des hauts dignitaires de l’ONK, qui les obnubile au plus haut point, hante leurs rêves les plus féconds et enthousiastes, c’est d’imaginer la scène de sa sortie du frigo :
 
2345. La terre n’est plus qu’un amas charbonneux, les rares survivants se terrent dans les profondeurs, pour échapper aux vapeurs radioactives – refrain connu. La race humaine a perdu toute grandeur, toute humanité. La loi du plus fort, du plus primitif règne.
Cependant, quelques esprits d’envergure n’abandonnent pas l’idée de sauver l’humanité. Echafaudent des plans foireux, conçoivent des machines débiles. Rien ne marche, ils n’abandonnent pas pour autant.
Et soudain, sans prévenir, l’illumination : si ils faisaient appel aux sagesses du passé ? Aux savoirs ancestraux de leurs prédécesseurs ?
Et justement, une tenace légende a traversé les siècles, vivace. Il y aurait une sorte de sauveur congelé au 21ème siècle en vue de sauver le monde. Un nouveau messie quoi.
On vous passe les détails et péripéties du scénario. 
Pour aboutir au moment qui nous intéresse :
   
*
Les survivants, rassemblés, observent la température baisser sur l’aiguille du réfrigérateur : 
-200°, - 150° … Tous retiennent leur souffle, confiants. Sauvés, ils le sentent. 
-20°, -10° … Dans deux minutes, l’humanité renaît de ses cendres … Tous s’agenouillent, émus. Instant fatidique, glorieux. Une page noire de l'histoire du monde va enfin se tourner.
La porte s’ouvre. Un jappement criard se fait entendre suivi d’un rire féminin plutôt vulgaire. La fumée s’estompe… 
 
Un potentiel scénaristique dément.
 
 
Ma vie est vraiment géniale. Il n'y a qu'un seul hic : j'ai peur de la mort.
Paris Hilton

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Ps : Au point où on en est, est ce que sa copine Britney ne pourrait pas monter avec elle dans la machine à cryogéniser ?
Ps 2 : Les citations sont authentiques.
 
* Je sens poindre les critiques. Parler de Paris Hilton, quels que soient les termes utilisés, alimenterait une machine médiatique déjà salement emballée. A ceux qui créeraient des faux procès, je n’ai qu’une chose à dire : c’est un journal scientifique ici, avec tout l’appareillage technologique adéquat et une méthodologie irréprochable, pas un bottin mondain, ignares dérisoires ! 
 
 *
Par L'observateur impartial
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Jeudi 15 novembre 4 15 /11 /Nov 22:53

De l’art de (grandement) mériter son picotin.

 

 
C’est lors d’un voyage aux Etats Unis quand j’étais gosse que  j’ai eu l’occasion d’assister au spectacle majestueux des diving Horses, sur la jetée d’Atlantic City. Maintenant encore, J’y songe souvent. Nostalgique, il faut bien l’avouer.  
C’est que, j’ai beau chercher  mais je ne vois rien capable d’égaler l’absurde plaisir ressenti à la vue d’un canasson dégringolant à travers l’espace pour atterrir dans une piscine aux dimensions salement restreintes. Une expérience esthétique fabuleuse – les jambes fouettant l’air, le cavalier cramponné à  l’encolure, le silence angoissé du public, le temps qui s’étire démesurément.
Inoubliable.
(Janus Lumignon, Mes Amériques, 1992)
 
 
D’abord on s’interroge.

Quoi de vrai là dedans ?
Qui est factice ?
Le cheval étiré dans le saut, toute crinière sortie, pattes en équerre ?
Ou/et son cavalier, bizarrement lisse, métallisé même, genre mannequin de grande surface ?
 
Cette structure bizarre, c’est quoi ? Les mats d’un destroyer ? Un plongeoir tarabiscoté ? Une sculpture post-moderne ?  
Et puis la mer derrière. Qu’est ce qu’elle fait là ? Quel rapport avec le reste ?
 
Non, sincèrement, on ne voit pas.
Ces câbles qui strient l’espace, cet espèce de W.C. en haut du mât, l’irréalité absolue de la position chevaline… Ce ne peut être que factice, construit, travaillé. Ce n’est pas une photo réelle. Plutôt une installation démesurée. L’œuvre maboule d’un artiste mégalomane, genre Damien Hirst, le cinglé qui expose des grands requins blancs conservés dans du formol.
 
Mais…
Après recherches, on doit vite revenir sur cette position. Et admettre la faillite de notre intuition.
C’est qu’il s’avère que notre quadrupède en chute libre est bien réel.
Son cavalier aussi.
La chose, ce plongeon immense sur horizon océanique, les deux camarades de travail la réalisent quatre fois par jour. Devant une foule excitée rêvant de les voir rater leur cible, une piscine riquiqui – timbre poste d’en haut.
Il faut bien gagner sa croûte. 
 
La scène prend place entre 1900 et 1945, dans un genre de parc d’attraction sur le front de mer d’Atlantic City. Parc dont l’attraction vedette est ceci : le horse diving (littéralement, « les chevaux plongeant »), gigantesque dégringolade d’un homme et d’une bête, accouplés dans leur chute commune.  
 
L’inventeur de la chose ? William doc Carver, ancien partenaire de Buffalo Bill (l’immonde salaud spécialisé dans le massacre d’indiens et de bisons depuis des wagons de train – je vise, je tire, je savoure, à la jumelle, l’agonie de l’emplumé et je me replonge, impavide, dans la lecture du « New York Times », mon devoir accompli) du temps de son show sur l’Ouest américain. Carver fut également champion du monde de ball-trap en 1883. L’homme a de la ressource…
 
C’est en traversant un pont branlant enjambant la Platte river (Nebraska) que Doc Carver a l’idée qui va changer sa vie. Le pont s’effondrant partiellement, notre héros a tout le loisir de voir son canasson dégringoler dans la rivière, 20 mètres plus bas. Puis en ressortir comme si de rien n’était, indemne.
A la vue du splendide vol plané effectué par la bête, doc Carver a l’illumination : rarement spectacle ne l’a autant captivé. Les gens payeraient sûrement pour voir ça…
Les grandes découvertes naissent toujours de moments débile (Newton et sa pomme, Archimède et sa baignoire). Celle ci n’y fait pas exception.
 
Carver se lance, donc, et sa tournée à travers le territoire ricain devient un triomphe en moins de deux. Les chevaux s’élancent d’une plate forme construite par son fils et c’est sa fille qui sert de cavalière – mazette, quelle famille !
Au retour, Doc Carver s’installe à Atlantic City. Son attraction, appelée Steel Pier (digue d’acier), devient vite un succès considérable. Tout le monde – pouilleux comme bourgeois – ne raterait pour rien au monde le spectacle d’équidés hennissants tournoyant à travers l’espace, avant de s’affaler comme des crêpes dans le bassin microscopique assurant leur survie. 
Bien sûr, ils pourraient se lasser après quelques représentations, mais l’espoir de l’accident, du ratage sanguinolent, est trop fort : il ne faut pas risquer de rater ça…
 
La machine Carver tourne bien. Les gens affluent en grappes. Et les quelques drames qui surviennent ne font que populariser l’attraction.
A titre d’exemple :
1915 : Oscar Smith, 18 ans, cavalier vedette du show, perd la vie en chutant avec son cheval de la plate forme. La bête survit. Publicité inespérée (un photographe ayant immortalisé l’instant fatidique, le canard du coin quadruple ses ventes), le public se presse aux représentations, dégoûté d’avoir raté la chose mais confiant dans la loi des séries. Carver se frotte les mains
1931 : la belle fille de notre entrepreneur ès spectacles perd l’équilibre sur la plate forme. Son cheval ne survit pas à la chute. Elle se contente de perdre la vue – décollement des rétines – dans l’accident… Qu’à cela ne tienne, elle continue à sauter. Aveugle. Pendant 15 ans encore. Il faut dire que le public se presse en masse aux 4 représentations quotidiennes, l’espoir de voir se répéter l’événement Oscar Smith s’accroissant avec son infirmité…
 
La fin de la guerre venue, le show périclite. Trop barbare pour certains.
Paraîtrait que des esprits chagrins s’émurent du traitement réservé aux canassons. Et parvinrent à faire interdire la chose. Il faut toujours que quelqu’un gâche la fête…


                                           Ne changez pas de cheval au milieu de la rivière.  
                                                        (Abraham Lincoln, Discours)


 

 
Ps : aux dernières nouvelles, un petit ranch ricain du nom de Magic Forest continue à perpétuer la tradition. http://www.thedivinghorse.com/about-horse-diving.html
Las ! Sans cavaliers ni trappes maléfiques (un des principaux reproches adressés au Dr. Carver concernait ces moyens un tantinet déloyaux destinés à encourager le cheval à accomplir son devoir…), ces tristes simulacres effectués à des hauteurs ridiculement mesquines ne trompent personne. Réactiver une page lumineuse de l’histoire américaine est tout à fait louable. Encore faut-il y mettre les formes
*
*
Par L'observateur impartial
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Jeudi 15 novembre 4 15 /11 /Nov 16:01

          Du pavé dans la gueule couperosée du CRS 
          comme espèce en voie d’extinction.
  


Il y a quelque chose de bizarre chez moi.
Je rêve de barricades. D’internationales clamées le poing levé. De pavés à la trajectoire pure et rectiligne. Zigzagant dans l’espace avant d’atterrir limpidement sur quelque groin forcément coupable. Je rêve de drapeaux rouges ou noirs, peu importe, d’actes héroïques, de communes bruyantes. De peuple en arme.  
C’est ridicule, je le sais bien. Hors du temps. 
Une rêverie banale d’adolescent attardé. Une réminiscence de lectures boutonneuses : Vallès et
l’insurgé, Orwell et la guerre d’Espagne, Malraux, Vercors, Hugo, Koestler. Ils m’ont insufflé, les salauds, une telle dose d’admiration à l’égard d’une certaine forme de rébellion noble que tenter d’y échapper est vain. Impossible.
C’est ridicule, mais je n’y peux rien. Ca s’impose.
Kitsch ? Je ne sais pas. Démodé, c’est certain. Hors du temps. Relégué au rayons des vieilleries poussiéreuses par une époque qui se pique d’aseptisation.  
Et pourtant. Je rêve de clameurs populaires, d’injustices réglées à coups d’insurrections, de fraternisations dans le combat, de casquettes ouvrières sur des faciès aussi patibulaires qu’étrangement avenants. De combats de rue, cocktails Molotov à la main, foulard au cou. Je rêve de Grands Soirs.   
C’est dégueulasse, aussi. Parce que je sais bien que ce n’est plus possible. Que cet imaginaire qui encombres mes neurones, jamais ne se matérialisera. Qu’avec moi, toujours je le traînerais, boulet neuronal pesant autant qu’inutile. 
(Janus Lumignon : Souvenirs d'un vainqueur, 2002)
 
   
Pas à dire, on s’est bien fait avoir.
Dans les grandes largeurs.
On biberonnait tout ce qui pouvait se faire en matière de contestation, on s’enthousiasmait en pensant aux lendemains qui chantent, on préparait des scénarios où la Marianne guidant le peuple, c’était nous. Alors que clairement, ce n’était pas à l’ordre du jour. Ni du jour d’après.
   
Nos prédécesseurs, au moins, ils l’ont eu leur moment de gloire, leur frisson de jeunesse. En tout cas, ils en avaient la possibilité. Ils pouvaient l’avoir.Nous, les laissés pour compte de l’utopie, on se coltine une société de vieux avec des peurs de vieux. On est vieux avant l’âge, du coup, mimétisme oblige, minoritaires. Prématurément rationnels, trop tôt sevrés d’idéalisme. On parle retraites, insécurité, agressions, petits commerces. Des ado avec déambulateurs. Des gosses aux cheveux gris. Du côté des forces de l’ordre, toujours, c’est plus simple, moins dangereux. Du côté des mesquins, des pisses froids. (A cet égard, la récente ovation réservée aux CRS délogeant quelques « dangereux terroristes » de leur université, par les étudiants de Nanterre, est plus que parlante : encore plus réacs et lâche que les plus vieux cons des vieux cons. Des myriades de petits Pasqua grouillants de laide et mesquine insignifiance :
http://www.rue89.com/2007/11/13/nanterre-coups-de-matraque-sous-les-applaudissements)
 
Ce n’est pas qu’ils étaient mieux que nous ceux d’avant, non, suffit de voir comment ils ont tourné («  Trop de gens qui ont débutés sur les barricades finissent dans le gouvernement. » dixit Jules Copeau, 19ème Siècle). Ce n’est pas non plus qu’ils le méritaient plus. Non. C’est juste qu’ils vivaient dans un monde où l’aseptisation n’était pas forcément la norme. Où la rébellion grandiloquente avec poses anti-conformistes débile, était un passage obligé pour tout étudiant se respectant. Le reste suivait : les filles, les discussions jusqu’à plus d’heure dans des cafés miteux, sur l’existentialisme, Debord ou les lettristes, les périples en stop, les écharpes trop longues et les miettes d’Afghan partagées avec des mines de conspirateurs.
Fantasmé ? Bien sûr. Un mélange salement banal de films de Godard, d’overdose de beat génération et de poses à la Romain Duris dans le péril jeune. Mais finalement tellement plus inspirant que la basse matérialité qui nous tient lieu de ligne d’existence.
Ils rêvaient de révolutions.
On rêve de plans épargne logement, de codevis à indexation modérée et de nano i-pod encore plus nano.
 
Le propos, ici, n’est pas finalement pas d’analyser cette déchéance du flamboyant. Les bavasseries jusqu’à plus d’heure sur la mort des utopies, les bilans tristounets sur le conformisme triomphant, on laisse ça aux blougs politiques.   
Ce qui importe plutôt, c’est de renvoyer quelques images de la chose, d’en capturer les derniers filaments volatiles tournoyant dans une atmosphère si lisse, si plate. Pour mieux en déplorer la perte quant ils se serons éteints.
 
Et la trajectoire du pavé, parfaite et pure, filant s’écraser de main de maître sur quelque CRS abruti, si elle appartient au passé (par ses instruments d’abord : le pavé parisien, ce n’est plus ce que c’était. Par ses protagonistes, ensuite : le CRS parisien, désormais mutant invulnérable harnaché comme Robocop, ce n’est plus ce que c’était…), si elle s’inscrit dans un imaginaire que l’on voit mal se réactiver, reste une réalisation esthétique indépassable.
Chorégraphie parfaite, en noir et blanc, pour l’ambiance : la course solitaire vers les molosses menaçants, le temps qui s’arrête, le corps qui se tend, le bras qui mouline adroitement, le projectile qui vole, carré massif, vers une destinée prometteuse. Fumigènes en fond visuel, sirènes en fond sonore. Le repli poing levé. Kitsch au possible. Lumineusement cinématographique.  
 

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Pour le reste, peut être que je me trompe. Que Janus Lumignon, mentor entre les mentors, aussi. Que tous ces instantanés fantasmés – Dany le Rouge, la mort de Gavroche, le tableau de Delacroix, le sourire de Jane Fonda, la verve de Maïakovski – ce n’est pas plus mal qu’ils disparaissent. Qu’ils s’évaporent dans l’époque pour laisser place nette à une saine et productive rationalisation.
Mais alors,
dans ce cas,
de quoi ils vont parler les Livres (les vrais, pas les matages de nombril ou les essais à paillettes qui fourmillent déjà dangereusement) de demain ?
  
 
Chaque moment de débauche est une insurrection privée, de courte durée, contre les conditions statiques de la société.
(Jack Kerouac)
Par L'observateur impartial
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Mercredi 14 novembre 3 14 /11 /Nov 18:18
 
Le temps béni des veaux gras et des Beats fluos
 
 
« Ce pouvoir qu’on avait… tu peux même pas imaginer. On était dans la tête des gens, man. On leur bousillait les neurones. Mais gentiment, hein. Et ils en redemandaient.
Mais ce qui comptait surtout, pour nous, avant tout, avant les filles et la coke, avant la virtuosité musicale, c’était le message. On disait aux gens : vazy man, saute dans tous les sens, défoule toi, casse tout mais ne m’oublie pas l’Amour. The power of love, quoi. C’était notre Croisade.
 Les jeunes maintenant, on leur dit quoi ? Achète toi un gun. Bute ta mère. Ton dieu c’est le fric… Ca me dégoûte.
Tu sais, au fond, je crois bien qu’on était la dernière Utopie. Rock, Hippie, Punk, Disco, Dance. Et puis plus rien. La civilisation est mal barrée. »
Ice MC, entretien du 12/02/96
 
« Il arrivaient par cartons entier au Mammouth du coin, ruisselant dans les bacs en bruissant. Parés de designs tellement cheap – palmiers, lunettes de soleil, boules à paillettes, gonzesses en string – qu’on savait direct que la marchandise était bonne. Que la came était pure.
Qui d’autre aurait pu se permettre un emballage aussi laid ? Impunité graphique de celui qui est conscient de sa force. Reine du bal vêtue de haillons pour enfoncer le clou de sa victoire. 
Ils en étaient au volume 5, 20 ou 47 et portaient des noms terriblement vides : Dance Machine, Maxi dance, Culture Dance, Maxi Beats, Mega Mix…
Et chaque mois, ils réapparaissaient. Copie quasi conforme des précédents, fluos jusqu’à la nausée. Typographie dégoulinante.
Des hordes de boutonneux piaillaient devant les étals, en manque. On jouait des coudes, furieux. Pas question de se faire dépouiller de son droit au bonheur musical.
Quelques malheureux, trop patauds pour tirer leur épingle du jeu, repartaient sans rien. On aurait pas aimé être à leur place.
Nous, on rentrait en vainqueurs, chevauchant nos mobs, brailleurs chevaliers des temps modernes. On courait dans nos chambres, enfiler la galette dans le poste. Tremblant d’impatience. Et on ne ressortait plus de la journée. Camés à l’Euro Dance. »
Janus Lumignon : souvenirs d’un vainqueur.
 
 
On n’a jamais fait mieux.
C’est indéniable.
Le temps béni des veaux gras et des évidences lumineuses. L’âge d’or du beat binaire. Du synthé maître du monde.
Dernier moment de l’histoire ou la culture populaire a œuvré pour le bonheur de tous. Humblement, mais avec une force gigantesque. Déferlant sur tous les bleds paumés du monde, squattant les ondes sans relâche, marquant la civilisation de sa patte classieuse, la Dance a, pour un temps, rendu l’Homme heureux.
On était beaucoup à souhaiter que ça ne s’arrête jamais. Que les prétentieux qui régnaient par le passé rentrent durablement chez leurs mamans. Détrônés par des mecs en survêt Violet fluo / Jaune mordoré. Mais voilà, le paradis s’est envolé. Et j’ai bien peur qu’il ne revienne jamais.
 
Ce qui me manque, ce qui manque à tous ceux qui ont réellement vécu cette époque, c’est la simplicité de la chose. Quasi rustique. Et tellement efficace justement pour ça. Pas de tournage autour du pot, de demi-mesure, de tergiversation. Une claque, c’est tout. Et ça marchait pour chaque morceau.
 
Prenez « No Limit » de 2 unlimited, l’hymne dance par excellence. Quoi de plus basique ? Une intro de 3 notes au synthé, l’arrivée des beats, le cri introductif (« everybody says yeah ! »), le surbeat pour lancer la semoule, le chant féminin du refrain (« no, no, no no no, no, no no no, no , no no no there’s no limit »), et quelques couplets rapés en cadence avec des paroles lumineusement indigentes (a titre d’exemple :
I work real hard to collect my cash
Tickie tickie tick take the time
When I'm going I'm going for mine
Open you ears and you will hear it
I tell you this cause there's no limit).
Puis pont débile, retour au refrain et fin de l’extase.
La recette musicale parfaite, alchimie totale.
Et elle était reprise dans chacune des productions de cette époque bénie. Machines à danser implacables répétées à l’infini. Eldorado inégalé.  
 
Janus Lumignon, le génial concepteur de la boule à paillette diffuseuse d’ambiance olfactives (Sensualité latino, Noir d’ébène, Macumba des tropiques…), le rappelle dans ses souvenirs : la chose avait à voir avec la dépendance narcotique. Tellement puissante, prenante, que de mornes journées se transformaient en rêveries extasiées et trémoussantes.
Une chambre d’adolescent devenait le repaire de la reine des pirates
Une mob Peugeot en panne une Ducatti 1100
La caissière de chez Carrouf Pamela Anderson
Et le garage de la grosse Rebecca, dite tronche de bœuf, le palace des milles plaisirs.
 
On avait pas besoin de grand chose pour décoller. Et on ne nous fourguait rien d’autre que ce dont on avait besoin. Pas de produits dérivés, de galaxie consumériste factice, de message politique, de querelles de genre. Pas non plus de fierté underground, de fausses considérations politiques, d’élitisme méprisant – 3 caractéristiques qui ont toujours suffi à mes yeux à discréditer la plupart des mouvements musicaux, du punk à la techno, quoi qu’en disent leurs supporters.
L’anti-grosse tête, quoi. Populaire jusqu’au trognon et pas factice pour un sou.
D’ailleurs, encore aujourd’hui, il suffit de faire le test. Dans n’importe quelle soirée, au sein de n’importe quel rassemblement, il suffit de passer un disque de Dance, n’importe lequel, et tout le monde se mettra à sautiller en souriant. Par la suite, les mêmes essayeront de cacher le plaisir qu’ils ont pris en parlant de second degré, de « charme du kitsch » et autres foutaises destinées à camoufler leurs gêne. En vérité, je vous le dis, personne ne résiste à l’envoûtement Euro-Dance.
 
Et puis - malédiction ! - tout ça s’est envolé, volatilisé. Pris dans l'euphorie, nous n'avons pas vu cette ombre noire planer au dessus de nos têtes gluantes de gel.
Ce qui s’est passé, ce qui a détruit la chose, c’est qu’après quelques années, la simplicité s’est vue malmenée. Certains se sont mis à cracher sur ce qui faisait le sel de la chose. A demander plus de complexité, plus de sens. Et les artiste ont voulu suivre. Maquiller intellectuellement leurs productions. En faire des oeuvres plutôt que des instantanés de bonheur. Comme si Mc-do, soudainement, se lançait dans la grande cuisine et postulait au Michelin. Si Pierre Boulez participait à l'Eurovision.  
Pauvres fous !!!
Des Vengaboys à Ace of Base, de Corona à Ice Mc, de 2 unlimited à Reel to Real, ils ont tous subis la même transformation, aussi triste que fulgurante. D’abord l’irruption d’une ambition différente, plus seulement celle de faire danser les foules, mais aussi celle de rivaliser techniquement avec ceux qui se faisaient se trémousser l’élite. Puis l'ego qui gonfle jusqu'à faire oublier l'essentiel : le bonheur du petit peuple. 
En moins de temps qu'il n'en fallait à Ice Mc pour lutiner une groupie, ils se sont effondrés, racornis, nous entraînant dans leur déroute, nous qui avions tout placé en eux. 
Un vent de désespoir s’est mis à souffler sur l’humanité. Manquait désormais – et pour toujours – le piquant, le merveilleux, les raisons de se lever, le croissant du matin, la ricorée du soir, le soleil des jours de pluie. Les justes furent traqués, les miséreux laissés à leur sort, les films de boule devinrent de plus en plus crus – ah, la douce et défunte saveur des téléfilms érotiques de M6 ou deux dos luisants s’agitaient en cadence sur fond de gémissements synthétiques ! On savait y faire alors, en matière d’érotisme... * –, les chocapics perdirent leur saveur paradisiaque, le baril de pétrole dépassa les 100 $, l’extrême droite grimpa en flèche et la civilisation dans son entier partit à vau l’eau. Seuls dans un monde sans piquant, sans rythme, les humains se mirent de nouveau à s’étriper. Et le moral des troupes vacilla, avant de lâcher prise. 
Désormais, nous marchons seuls.  
 
« We do what we want and we do it with pride »
2 unlimited, No limit 
* 
*

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Post face : Dernier survivant, Gunther & the Sunshine Girls, moustache décadente, esthétique irréprochable - mazette, quel mulet ! - et moue lippue en bandoulière, fait vibrer les foules avec des sonorités et une approche indéniablement proche des pionners Euro-dance. Seul problème : un second degré bien malvenu est à soupçonner.
 

* Nous y reviendrons prochainement. La question du téléfilm érotique à la sauce M6 ne saurait longtemps être éludée par les fiers laborantins de l'Observatoire National du Kitsch.  
Par Le(r)mite
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