Merveilles du monde animal, ou pas. N°2.

Publié le par L'observateur impartial

     Le petit teuton débile. De l’art de se faire un nom en défonçant son clavier 
      et en couinant comme un goret.
 
 
Vrai ou faux ?
Délire fumeux d’ado ou pétage de plomb aussi réel que démentiel ?
Blague potache virtuose ou camisole à envisager d’urgence pour le petit teuton hurlant ?
Pas facile à dire.
On tergiverse.
Quoi qu’il en soit, le résultat est exceptionnel :
 
 
Lumineux.
Merveilleux.
Sans conteste, notre Attila des claviers fait ici usage de tous les ressorts traditionnels de la tragédie, avec une virtuosité digne des plus grands metteurs en scène :
Une gradation des sentiments, culminant en une explosion finale d’envergure.
Un héros ambivalent, petite boule de graisse dotée d’une puissance vocale affolante à faire passer Adolf pour un mou de la langue.  
Un suspense intenable : combien de temps avant qu’un des deux explose ? Et lequel en premier : l’ordi ou son tortionnaire congestionné ?
Une insertion très marquée dans les thématiques de notre époque trouble – en vrac : la malbouffe, l’emprise des technologies sur nos vies, la psychiatrie enfantine, le chamboulement de la puberté, les jeux vidéos et leur emprise sur la santé mentale de nos ravissants bambins…
Un huis clos à la puissance expressionniste absolue. Condensé d’amateurisme et de grand, grand jeu d’acteur (que ce soit joué ou pas). Le bruit et la fureur version gamer schizophrène.  
Must des musts.

***
 
Depuis le visionnage de cette vidéo, on ne parlait plus que de ça à l’O.N.K.. On échafaudait des théories, on palabrait, on s’insultait parfois. C’est que l’enjeu était d’importance : déterminer si une de nos recettes cathodiques anti-déprime les plus efficaces était factice ou pas mettait en jeu notre crédibilité.
Et, depuis quelques semaines, les questions fusaient :
La montrer ou pas ? 
Il en allait de notre réputation, une erreur d’appréciation aurait été fatale.
La garder pour nous ? 
C’eut été un crime impardonnable.
La présenter avec tous les guillemets de rigueur ? 
Ce n’était pas le genre de la maison. Ce que l’on montre, se doit d’être irréprochable, sans guillemets donc – « Un uppercut de certitude, où rien », comme on a coutume de dire, ici, au ministère des affaires kitschéénes. 
 
Alors, finalement, nous avons décidé de lancer une enquête d’envergure. Dévolu des sommes conséquentes à la chose. Fouiné un peu partout. Remonté la trace de la vidéo. Pour finalement retrouver le principal protagoniste de cette vidéo. 
Scoop d’envergure.
 
Il s’appelle Walter Kroupioc. Il a 14 ans. Et il vit encore chez ses parents, à Schessenberg, petite ville de Thuringie orientale.
Interrogé sur cette fameuse vidéo, Walter a fini par lâcher le morceau. On en est resté comme deux ronds de flan *.
 
Très sûr de lui, conscient de sa popularité fraichement conquise on the Web (un nombre faramineux de visionnages pour ladite vidéo), il a illico mis les choses au clair :
Oui, cette vidéo reflétait fidèlement les rapports de domination quotidiennement entretenu avec l’ordinateur familial.   
Non, ce n’était ni prévu, ni planifié, juste un accident de web-cam.
Oui, c’est lui qui avait diffusé la vidéo quant il s’était rendu compte de la chose.
Mais pas pour rigoler ou amuser les potes.
Par militantisme.  
 
C’est que Walter, aussi étonnant que cela puisse paraître, est un fin critique de la société de consommation. Jeune anarchiste sans foi ni loi, il appartient au mouvement des « nouveaux mormons contre le 21ème siècle ». Etrange tribu assez peu répandue hors de Schessenberg** et prônant une réaction ultra violente contre tout abus technologique.
Ce n’est pas qu’ils refusent la technologie. C’est juste qu’ils refusent qu’elle désobéisse, qu’elle montre des velléités d’indépendances.
 
Ce que nous a finement expliqué Walter :
« y’a pas moy qu’une putain de machine me marche sur les pieds.
C’est simple : tu désobéis ? Taloche !
Tu t’entêtes ? front kick !
Tu persévères ? barre de fer !
et ainsi de suite. Tu sais, mec, c’est comme les rapports humains, si tu t’imposes pas, tu te fais bouffer. Bah moi c’est pareil avec les machines. J’te dis pas la rouste que j’ai foutu à mon grille pain ce matin… »
 
Mais, l’avons nous interrogé, est ce qu’il n’en faisait pas un peu trop ? Est ce que les états dans lequel il se mettait ne pouvaient être vus comme légèrement disproportionnés ?
« Nan, mec. C’est une putain de discipline. Un truc à acquérir pour être prêt quand les robots débarqueront. Si le truc résiste, il faut être capable de le surpasser dans la bêtise crasse. Il n’y a qu’une chose qu’un circuit imprimé est à même de vraiment comprendre : la violence à l’état pur.
Et tu sais, cette vidéo, c’est rien à côté de la fois où la machine à barres chocolatées était bloquée à l’école. Pour ça, elle a pris cher… c’est cool parce que maintenant plus personne m’appelle « le gros » à l’école. On dirait que je leur fais peur. »
 
Respect...  

nouveaux-mormons-copie.jpg

 
* : note à moi même : ne plus utiliser « comme deux ronds de flan », ça fait craignos.
** : après recherches, il semble que notre héros soit pour l’instant le créateur et unique adhérent des Nouveaux Mormons Contre le 21ème siècle. Gageons que ça ne saurait durer.
*
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Am&lie 20/11/2007 13:52

Plus les jours passent et plus j'aime tes articles. Mais je ne te ferai pas un commentaire de fan, c'est pas mon genre. Je voudrais juste t'avouer que c'est un plaisir pour moi de lire tous les matins (heu, tous les midis, je veux dire... je dors, les matins) une autre de tes réflexions originales sur des sujets complètement déjantés. Ta fraîcheur me fait beaucoup de bien et surtout beaucoup rire... Je rage de ne savoir écrire aussi bien !
Mais voilà que je fais le contraire de ce que je voulais et tombe dans le piège du commentaire fade, voire plutôt lourd. Enfin, tant pis ; je me rattraperai un autre jour... Merci, cher ami, je me régale de tes mots.