Elvis, es tu là ?

Publié le par L'observateur impartial

Fantôme de roi, beurre de cacahouète et paillettes mortuaires.
De l’art de magistralement survivre à sa mort. 

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Il y a toujours eu quelque chose de surnaturel en lui. Elvis était une force de la nature. A part ça, ce n’était rien d’autre qu’un étron (…). Pourquoi l’enveloppe physique de quelqu’un ne serait-elle pas capable de contenir simultanément ces deux apparentes polarités ? Surtout s’il vient de l’espace.
Lester Bangs.
 
J’ai bien connu Elvis. On était dans la même classe au collège. On jouait dans un groupe de rock acnéique, un peu minable : les Furious Dogs qu’on s’appelait. On était incapables de finir une chanson. N’empêche, lui irradiait d’une manière absolument démente. Il ouvrait la bouche et un silence de plomb s’abattait sur la salle. Les filles hurlaient son nom, défaillaient par troupeaux. J’étais un peu jaloux, alors on s’est disputé.
Je ne l’ai plus jamais revu. Hormis une fois en 1980. 3 ans après sa mort, donc. Je suis tombé sur lui lors d’un voyage à La Barbade. Il traînassait sur la plage, énorme, difforme, comateux. Loin, très loin de l’Elvis des débuts. Mais c’était lui. Seulement, je ne peux pas en dire plus, il m’a fait jurer. De tels intérêts sont en jeu. Vous n’imaginez pas…
Janus Lumignon : Sur la route de ma jeunesse, l’envol d’un destin, vol. 1, 1987.
 
C’est comme si quelqu’un venait juste de me dire qu’il n’y aurait plus de cheeseburgers dans le monde.
Felton Jarvis, producteur de disques d’Elvis Presley, à propos de sa mort. Août 1977
 
 
16 août 1977, la terre cesse de tourner.
Elvis Presley vient de pousser son dernier soupir dans les toilettes du très clinquant Graceland. Accro aux amphèt, bouffi de graisse, nageant dans une parano total, le défunt n’était plus vraiment à l’image du jeune rockeur envoûtant des débuts…
Il n’empêche, la nouvelle accable l’Amérique, la plonge dans une dépression d’envergure. Et continue encore aujourd’hui à faire jaser dans les chaumières.
Pour notre plus grand bonheur.
 
Nul besoin de revenir sur l’existence mouvementée du King. Ses heures de gloires, ses heures de dèche, ses instantanés lumineux, ses tragédies… tout le monde connaît ça. Ou, en tout cas, n’a aucune excuse pour l’ignorer, vu le nombre impressionnant de publications consacrées à la chose.
Aucun intérêt non plus à revenir sur sa déchéance absolue, sa toxicomanie avérée, son incapacité à reproduire l’étincelle des débuts où son obésité exponentielle. Trop facile, trop chacal. 
Pareil pour sa musique. Il serait improductif au possible de gloser une énième foi sur le talent surnaturel du King, sur la démentielle perfection de ses mélodies, sur la justesse du moindre de ses entrechats quand la grâce l’habitait. Déjà vu, déjà fait, même si inépuisable.
Non, ce qui nous interpelle, ici, à l’ONK, c’est plutôt l’extraordinaire potentiel de kitsch recélé par la trajectoire post-mortem d’Elvis.
Vivant, il faisait couler des tonnes d’encre.                    
Mort, il a continué de plus belle. Avec une maestria imaginative incomparable.
Le maître des maîtres en matières d’esbroufe post-mortem.
 
Davantage que Kennedy, Luther King et Marilyn réunis, Presley a enchaîné le monde à son univers. Mythe entre les mythes, il a envahi l’imaginaire populaire universel avec la rapacité d’un Bush fondant sur l’Irak, s’imposant encore aujourd’hui comme l’icône planétaire absolue.
Ce qui donne du piquant à la chose, qui ravit nos papilles cervellesques, c’est que cette production d’un imaginaire foisonnant a finalement suivi une trajectoire aussi déglinguée que celle du King. Pour aboutir à des résultats frôlant la démence absolue.
Le mythe Presley ? un cadavre encore régulièrement secoué et qui jamais ne cesse de déverser son lot de révélations aussi savoureuses que croustibarres  (© Laborantine pubeuse).
 
D’abord, il y a eu cette statue d’Elvis repérée sur la planète rouge. On avait du mal à y croire, mais puisque c’est le Sun – journal de référence… – qui l’a affirmé, c’est que ça doit être vrai, non ? – Statue d’Elvis retrouvée sur Mars (couverture du Sun, 20/09/1988).
 
Ensuite, peu après, cet article du National Examiner, agrémenté d’une photo – passablement floue, il faut bien l’avouer – du supposé revenant jouant au golf, avec cette incroyable révélation : Elvis est vivant (Couverture du National Examiner, 04/10/88). 
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Puis toute cette littérature « d’investigation »qui a pullulé dès sa disparition et n’a jamais cessé d’affirmer la non mort de l’icône nationale, avec des argumentaires aussi divers que foisonnants de détails incongrus :
 
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Les résultats de ces enquêtes menées de main de maître forment un faisceau de présomption débiles complètement fascinant. Tout est fouillé, scruté à la loupe. Du cercueil (trop élaboré pour être fabriqué en un jour, trop lourd pour ne pas contenir un refroidisseur spécial destiné à empêcher le mannequin de cire remplaçant Elvis de fondre…) à la stèle funéraire (dotée d’une faute d’orthographe : Elvis Aron Presley à la place d’Elvis Aaron Presley. Ca prouve qu’il est pas mort, non ?), en passant par son visage lors de l’enterrement (une rouflaquette se détachait, il paraît, et son nez était trop gros pour être le sien…) et les dernières paroles (« je vais lire aux toilettes » : ce n’est pas possible, un semi Dieu ne meurt pas comme ça...) prononcées juste avant l’implosion fatidique dans ses toilettes plaquées or.
 
Pour le plaisir, l’ONK vous offre quelques supputations ou faits irréfutables glanés de ci de là : 
Elvis aurait perdu 10 millions de dollars appartenant à la mafia et aurait préféré disparaître plutôt que de se faire Kennedyiser.
Elvis, trop gros trop gras trop bouffi, ne supportait plus son apparence physique. Conscient de l’image ridicule qu’il renvoyait, il aurait préféré disparaître dans la nature, encouragé par RCA, sa maison de disque qui réalisa le jackpot à sa mort. C’est vrai qu’il n’était plus trop présentable (30kg pris durant l’été 1977 et une gestuelle scénique à mille lieues d’Elvis le Pelvis, son surnom des débuts).
Elvis, aurait été aperçu dernièrement près du lac de Constance par une journaliste suisse avec qui il aurait tranquillement devisé autour d’un martini rouge *.
Elvis serait le mystérieux chanteur masqué portant le doux nom de Orion Jimmy Ellis. Il aurait simplement préféré faire Tabula Rasa et repartir de zéro. Incognito. Caché derrière son masque (Admettons le, il y a une certaine ressemblance : http://www.orionjimmyellis.com/).
Elvis serait réapparu sur une des dates de sa tournée post-mortem, remplaçant au pied levé son image holographique alors défaillante. Les bienheureux présents crurent voire une image de synthèse, c’était leur idole en chair et en os qui se produisait.
Elvis aurait envoyé un message à une de ses amantes le lendemain de sa mort. Le 17 août 1977, une ancienne “fiancée” du King reçoit une rose offerte par un mystérieux “ El Lancelot”, le surnom qu’elle donnait à Elvis. Un secret que les deux tourtereaux n’avaient jamais partagé, selon elle.
 
On pourrait continuer pendant des heures à dévider le rouleau jubilatoire de ces faisceaux de preuves qui jamais n’en sont. A ricaner sur l’extrême imagination des fans d’Elvis et des scribouillards de la presse à scandale, jamais à cours d’idées saugrenues.
Ce n’est pas notre intention – pas la seule, en tout cas…
 
Non, ce qui nous botte ici, nous fascine, c’est le pouvoir de propagation des rumeurs quant elles touchent à un être ou à un événement fantasmé.
Tellement bêtes qu’elles en deviennent crédibles – qui irait inventer ça ?
Tellement absurdes qu’elles en deviennent œuvres d’art – une statue d’Elvis sur Mars ? mieux que le canular radiophonique d’Orson Welles sur l’attaque des martiens…
Tellement révélatrices du vide sidéral laissé par la mort du King, qu’elles en deviennent touchantes – se raccrocher à ça implique une dose de cœur brisé assez démente, il me semble.  
  
C’est peut être con, mais on préfère largement le traitement post-mortem d’Elvis, avec son cortège d’affabulations dérisoires, à celui de Che Guevara. Au moins, le message n’est pas dénaturé – il n’y en avait pas, de toute manière – et l’essence même d’Elvis, sa raison d’être, n’est pas bafouée.

Donc, l’ONK l’affirme d’une voix unanime : le King n’est pas mort. Promis.
D’ailleurs, je me demande si le petit vieux qui jouait de la gratte dans le métro hier, avec ses rouflaquettes grisonnantes et sa voix de Stentor, ce n’était pas…
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Le pire déchaînement de vampirisme (…) fut peut être celui du Presleyburger en 1977. Il éclata lorsque des membres d’une secte occulte tentèrent de voler le cadavre de Presley dans sa tombe et découvrirent qu’on l’avait déjà volé ! Il semblerait aujourd’hui qu’il ait été haché et transformé en cet aliment culte, le Presleyburger. Ces derniers sont réputés être très coûteux (mille dollars la pièce) et contenir beaucoup de matière grasse, ce qui n’a pas découragé les membres du show-biz à la recherche de sensations fortes : Mick Jagger en aurait mangé plusieurs avant son dernier concert à Wembley…  
Jon Savage, cité par Greil Marcus, Dead Elvis, éditions Allia.  
 
Si bien que vous en êtes arrivés à bouffer le roi du rock.
L’immense Lester Bangs évoquant son rêve absolu : autopsier Elvis et de se défoncer avec les pilules extraites de son estomac. Psychotic réactions et autres carburateurs flingués, éditions Tristram.
 

 


* Droit de réponse. La personne intéressée a tenu à préciser les faits suivants : 
Voici quelques petites rectifications : Je ne suis pas journaliste,  je n'ai pas pris de martini avec Elvis (je déteste le martini) et cette rencontre remonte à 1996.  Ces simples déformations peuvent inciter certains à bâtir tout un roman. 
Pour terminer , je précise que j'ai toujours aimé Elvis Presley mais je n'ai jamais été fanatique, hystérique. Je n'ai toujours eu qu'un où deux disques le concernant. Cette rencontre à été fortuite, je n'étais pas à sa recherche et à des années lumières de penser à lui à ce moment là. 
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yepcatspassion 07/03/2008 19:13

bonjour
Elvis? la ! pas la! ah le net et ses drôles de questions!!
article intéressant tout de même...
Amicalement rock.
...Yepcats...