Gros loosers magnifiques

Publié le par L'observateur impartial

 Daniel Johnston / Fatty Arbuckle : destins croisés
de 2 chiennes de vies

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L’un (Roscoe Fatty Arbuckle) est un des plus grands oubliés de l’histoire du cinéma.
Un genre de Dreyfus version hollywoodienne, calomnié, bafoué, éclipsé, pour un crime qu’il n’a pas commis (sordide histoire de viol à la bouteille de coca dont il fut totalement innocenté). Traîné dans la boue par une meute d’envieux et d’hypocrites alors qu’il était au sommet de sa gloire.
  
L’autre (Daniel Johnston) est un songwritters de génie, abonné aux dépressions nerveuses et généralement considéré comme un doux naïf sans grand talent.
Incapable de supporter les premières vaguelettes de succès, maniaco-dépressif d’envergure, oscillant entre hôpital psychiatrique et confinage autiste chez maman, le sublime chanteur perturbé n’a jamais été reconnu à sa juste valeur.
  
Les deux magnifique ont en commun d’être tombés sur plus forts et plus méchants qu’eux : les autres.
  
Pour Fatty (son nom de scène, "gros lard" en ricain), il se traîne depuis ses débuts ce surnom qu’il déteste. Mais il n’y peut rien. Ca fait partie de son image auprès du public, cette obésité bonhomme. Et puis il fait avec : son énergie légendaire alliée à son expressivité démente compensent son mal être. A force d’inventivité cinématographique, il finit par triompher. Et enchaîne des faits d’arme tous plus grandioses les uns que les autres :
Entre autres : 
C’est lui qui est à l’origine de l’invention du gag de la tarte à la crème dans le pif (ce n'est pas rien, non?).
Qui a sorti Charlie Chaplin et Buster Keaton de la dèche absolue dans laquelle ils clapotaient en les invitant sur ses films. 
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Qui a également – avant sa déchéance – été l’acteur le mieux payé d’Hollywood (donc du monde) à l’époque glorieuse du cinéma muet. 
Un type magnifique, qui a force de faire rire les gens et de jouer le rôle du pauvre type humilié, s’est sorti tout seul de la mouise. A triomphé des éléments. Avant de déchanter dans les grandes largeurs quand les éléments se liguent contre lui (ce faux scandale évoqué plus haut). Et sombre dans l’alcoolisme et la dépression quant il devient la cible préféré des ligues de vertu et des antisémites de tout poil *. Incapable de se relever quand tout Hollywood le considère comme indésirable. Et vite emporté (en 1933) par une crise cardiaque consécutive à ses abus.
 
Pour Daniel Johnston, sa grandeur s’inscrit dans une époque plus contemporaine (le saint homme est d’ailleurs toujours en vie). Paumé entre les paumés, il a écrit quelques unes de plus belles chansons imaginables : simples, innocentes au possibles, sans sophistication ni ostentation. Il gratouille sa guitare, balance quelques paroles sur sa chienne de vie (Joy without pleasure), sur les filles qui fuient (I’ll never be married), les idées noires qui l’assaillent (Despair knocked at my door), sa peur du diable (devil song) ou sur les tribulations de Casper (Casper the friendly ghost), avec une franchise salement désarmante. D’abord dans son coin, sur des cassettes ** destinées à ses quelques potes texans. Puis, quand quelques dénicheurs de pépites avisés commencent à l’encenser, de manière plus étendue. Ce que son fragile équilibre psychique ne supporte pas. Le jour où Kurt Cobain commence à porter des T-shirts à sa gloire (cf. ci dessous) jusque dans des émissions de MTV, il est incapable d’assumer sa soudaine notoriété. Et Sombre dans la folie ***.
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Deux loosers magnifiques. Deux Naïfs entubés par une époque trop cruelle. Deux dépressifs en puissance sublimant leurs souffrances. 
Deux héros de l'ONK.    



J’étais sur MTV. Tout le monde me regardait. Je tenais la main du diable.
(Daniel Johnston : extrait de chanson "Held the hand", sommairement traduit par l’ONK ****)
 
True love will find you in the end / Don't be sad, I know you will /
But don't get up until / True love will find you in the end.
(Daniel Johnston : Extrait de chanson True love will find you in the end *****)
 
 
* La seule fois de son histoire où la cour suprême américaine proféra des excuses solennelles pour les erreurs de la justice. Ca ne suffira pas à le réhabiliter aux yeux d'Hollywood tant tout le monde le préférait coupable. Maigre consolation : les deux seuls à ne pas l'avoir abandonné furent Charlie Chaplin et Buster Keaton.   
 ** Ses plus beaux albums. cf., entre autres pépites indépassables : Hi, how are you ? et Songs of pain.
*** Encore aujourd’hui, le sieur Johnston alterne entre phases dépressives aigues et phases de timides rémissions. 
**** Se référer à l’original si vous êtes pas contents.
 
***** Hé ho. Je vais pas traduire ça, quand même...

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Am&lie 19/12/2007 19:26

Ah, le revoilà notre bon vieux mite préféré, avec ses kitscheries qu'il va chercher toujours plus profond, là où personne ne regarde plus depuis longtemps (ou n'a jamais regardé, parfois).

Alors oui, c'est vrai, il persiste à bon escient à ne pas commenter l'actualité, mais gageons que ça n'empêchera pas le colibris d'y mettre son nez (car ce serait dommage d'être privé de textes si extraordinairement flous, bien plus intéressants que mes écrits niais et basiques, par exemple).

Je vois qu'il y a eu une remise en question au niveau de l'ONK sur le niveau de kitscherie des articles... Mais pour être chieuse jusqu'au bout, je dirais que c'est presque trop, maintenant. Car en effet, l'article sur Jerry Lee Lewis est de loin le meilleur car il se situe exactement entre le kitsch et le non-kitsch... Mais en cette période studieuse intense, il est clair que l'on ne peut pas demander à l'Observateur de se surpasser chaque jour.