Hasil Adkins, quel gaillard, quand même.

Publié le par L'observateur impartial

Danse du poulet, décapitations, gnôle frelatée, rock débraillo/primitif
et
viande crue : délires fleuris d’un pionner du punk.
   
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On l’imagine très bien se battant avec quelque poivrot de son acabit dans un rade paumé du Nebraska pour une histoire de bière renversée. Ou se biturant comme un polack pendant cinq jours d’affilée juste parce qu’il vient de toucher sa paye. Puis retournant au turbin illico avec une gueule de cadavre parce que les finances sont à sec. L’anti héros américain typique. De la trempe d’un Bukowski ou d’un Sony Barger*. Braillard, crade, vicieux, menteur et salement psychopathe. Looser devant l’éternel même si animé d’une énergie absolue, presque surnaturelle.  

Certains des bruits courant sur son compte semblent parfois un tantinet exagérés. On a du mal à croire, par exemple, qu’il s’enfilait quotidiennement ses 4 litres de vodka comme d’autres s’enfilent un jus d’orange. Qu’il était capable de passer plusieurs semaines sans dormir. Ou qu’il se nourrissait quasiment exclusivement de viande crue, stockée par quintaux entiers dans ses réfrigérateurs (informations pourtant relayées en masse sur les sites consacrés à l’intéressé). Ces faits là, même si présentés comme indiscutables, nous semblent légèrement sujets à caution. Exagérés. Ok, Hasil Adkins n’était pas n’importe qui. Tout sauf une tantouse. Un picoleur galactique et un cinglé sans équivalent. Mais quand même, faudrait voir à rester dans les limites du crédible.
 

Par contre, d’autres données, avérées celles-ci, achèvent de nous rendre le bonhomme éminemment sympathique.
D’abord, il y a sa musique : 7000 chansons enregistrées dans sa caravane, sur un magnétophone acquis grâce à son salaire de mécano, et dotées d’un son cradingue inimitable. 7000 perles oscillant entre country débraillée et punk avant l’heure, rock à l’huile de vidange et rockabilly fantastique, et écrites dès le début des années 1950. Avec quelques hits absolus comme she said, hymne foutraque et primitif au désordre conjugal, ponctué de glapissement du plus bel effet (Ecouter She said **) reprise ensuite par les immortels Cramps***, ou bien No more hot dogs dans laquelle il annonce à sa petite amie qu'il va lui couper la tête et l'accrocher à son mur afin qu'elle ne puisse plus en manger (des hot-dogs).

Alors que le rock est juste en train de naître, que Elvis et consorts (Gene Vincent, Bill Haley…) chantent d’innocentes bluettes aux paroles niaises (en comparaison), les chansons d’Hasil Adkins sont d’épiques mélopées sanguinaires dans lesquelles se mêlent allégrement l’amour, la mort, la viande en boîte, la décapitation, les aliens, le suicide, les poulets****, tout ça avec une hargne et une imagination gore insurpassables. D’où les paroles d’un célèbre critique rock affirmant, « l'année où naquit le rock'n roll, en 1955, il était déjà en train de le tuer ».
 
Et puis, pour achever de nous le rendre sympathique, il y a la folie absolue du personnage. Sorte de mégalo glandeur qui ne sortit jamais de sa Virginie natale, Adkins se mit à la musique après avoir entendu un concert de Hank Williams retransmis à la radio. Persuadé que ce dernier était tout seul à faire « tout ce boucan », il concocta immédiatement son « One man band », jouant de tout à la fois lors de ses performances, de la guitare à la batterie en passant par le chant, l’harmonica, l’orgue…  
 
Les deux danses loufoques dont il fut autant le créateur que le promoteur, le Hunch (« recroquevillement ») et le Chicken Walk (Sorte de Danse des canards avec connotations sexuelles : aperçu chicken walk ) confèrent à elles seule une place toute particulière dans notre panthéon personnel.à l’illustre Hasil Adkins, mort il y a quelques années et à coup sûr illico réincarné en hamburger graisseux servi dans un relais routier pour rednecks crasseux  (Enfin, il nous semble).
 
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* Mythique chef des Hell’s Angels, connu pour être un tout petit peu moins bourrin et décervelé que ses congénères bikers. Mais pas un tendre non plus… Cf son autobiographie, traduite en français.   
   
** La vidéo n’est pas de lui et elle brille par son mauvais goût low fi, mais on fait avec ce qu’on a, et c’était le seul moyen de faire écouter cette chanson aux cloportes sous cultivés qui ne la connaissaient pas encore, lecteur adoré.
   
*** Message à ceux qui ne connaissent pas les Cramps : laissez le rouge envahir vos fronts et repartez chez vos mamans. Ou alors comblez vite vos lacunes en vous ruant sur un des plus grands albums garage-punk-n’imp de tous les temps : « Bad music for Bad people » (contient la reprise sus mentionnée, pépite entre les pépites).

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**** Sur ce dernier sujet, l’écoute de son concept album consacré à la gente volaillesque, au doux nom de « Poultry in motion » (voir pochette plus haut), est plus que conseillée. C’est que le sujet poulet est trop souvent méprisé par nos soit disant élites culturelles. Je songe par exemple au trop méconnu « opéra poule » d’un certain traîne-savates de ma connaissance, genre de Wagner des poulaillers, qui aurait mérité meilleure réception, m’est avis. Si un producteur passe dans le coin et est intéressé par une fresque ovipare d’envergure (incluant poulets mutants vengeurs et meurtre de fermiers par armée poulesque déchainée), me faire signe, je transmettrais l’offre financière à l’intéressé (que je ne salue pas, soit dit en passant, ou alors d’un glaviot Sid Viciousant de belle taille) …  

 
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« She jumped up outta the car
She pulled her hair down her eye
She looked to me like a dinosaur 'bout to jump outta that seat
She said
She said
She said
Woo ee ah ah!
Woo ee ah ah!
Woo ee ah ah!
Woo ee ah ah!
Wooooeeeeyahhhh! »
 
Extrait de She Said, Hasil Adkins
 

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Fernet Branca 08/02/2008 10:25

Merci d'avoir apprécié mon petit billet sur Hasil Adkins cependant que le vôtre est bien plus documenté que le mien.