Chassez les talonnettes, elles reviennent au galop
D’abord, ils commencent par s’étonner : « comment avez-vous pu voter pour ça* ? ». Etonnement qui, nous
déshonorant, les honore. Même s’il faut reconnaitre que leur réaction est plus basée sur le style clinquant-beauf de Sarkozy que sur une analyse poussée de ses politiques scélérates. En clair,
c’est surtout un sujet de moquerie (comme on les comprend…). Sa taille, ses mimiques, ses poses ridicules, son look d’affairiste bas du front, son manque de dignité, de hauteur surtout. Ils le
verraient passer dans la rue, ils le hueraient, puis le raccompagneraient aux limites de la ville recouvert de goudron et de plumes.
C’est quelque chose qu’on ne saisit pas forcément depuis la France, cette image dérisoire
que l’on renvoie via notre émissaire présidentiel. On s’en doute, on l’espère presque (l’humanité entière ne serait alors pas bonne pour la poubelle, seulement notre petit hexagone rance…), mais
on n’en devine pas l’importance. On ne voit pas qu'on est devenus les crétins n°1 de l’Europe, sans prévenir (même les italiens sont détrônés) et sans conteste. Voilage de face dans lequel nos
médias panurgiens portent une lourde responsabilité.
Ca nous rappelle cette réunion bruxelloise de l'UE sur les budgets nationaux (vers septembre de l’année dernière) où Sarkozy s’était fait très méchamment tapé sur les doigts par ses homologues européens après avoir annoncé que la France ne tiendrait pas ses engagements en matière économique, et n'essayerait même pas, d'ailleurs. Une rouste mémorable qu’il s’était prise. Avant de rentrer triomphalement en France clamer qu’il avait « maté tous ces petits bureaucrates bruxellois qui n’avaient pu que s’incliner face à son pragmatisme et à son énergie » (un truc du genre). Ce que les journaux et télés françaises s’étaient empressées de colporter (« gloire à celui qui a su défendre nos intérêts face aux technocrates à dents longues », des trucs du genre). Alors que les autres médias européens faisaient état d’une « claque pour Sarkozy » ou titraient « Sarkozy se fait petit » (encore plus ? hinhin)…
Et si, effectivement, la traitresse Carla a fait l’unanimité auprès des trop gentils britons (un genre de robe à la Jackie Kennedy, une courbette servile aux pieds de la croulante encouronnée, des mimiques à la Diana, et ces empaffés perdent tout leur fiel…), ça ne change pas grand-chose : un pantin dérisoire qui sort avec une bonnasse reste un pantin dérisoire (L’effet Karembeu, comme on dit chez nous). Et ce qui a finalement le plus retenu l’attention, ici, c’est plutôt le contraste entre la classe de l’une et l’insignifiance vulgaire de l’autre.
Les italiens ont connu ça avec Berlusconi. Ce calvaire à l’étranger où les gens ne connaissent plus votre pays que pour sa déchéance politique. Pour ce choix ridicule d’une personne tellement indigne. Cet aveuglement collectif qui vous transforme au rang de benêts mondiaux. C’est mérité, bien sûr. Mais, quand même, c’est ballot. On se casse à l’étranger pour ne plus le voir ni l’entendre, pour échapper à son omniprésence fallacieuse. Et chaque personne que vous croisez vous ramène à votre triste condition de pendard franchouillard aux ordres d’une baderne egotique.
Désormais, notre prestige international se ramène à deux ou trois éléments pustuleux ; exit les camemberts, les petites femmes de Paris, Piaf, le bon vin et la patrie de la littérature, place à l’imagerie sarkosienne : des talonnettes, une bonnasse, des relents nauséabonds de racisme généralisé, un populisme bas de gamme, la lourdeur de Bigard, une grosse montre, la gueule nécrosée de Johnny « Exil Fiscal » et un look vulgos. Le cocorico a encore frappé…
* Notez le bien compréhensible refus de faire appartenir Sarko à la race humaine, la volonté de le laisser à un stade indéterminé, mi-animal, mi-objet : « pour ça ».
« Avec tact, Carla choisit des chaussures plates pour ne pas dominer le président »
(Daily Mail, 27/03)