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« On dirait un aéroplane qui tombe.
C’est moi. »
Blaise Cendrars
La foule amassée devant l’église regarde le prêtre s’éloigner vers le soleil, baudruche humanoïde malmenée par le vent. Déjà, on a du mal à le distinguer au milieu de tous ces ballons. Les
quelques pigeons qui l’encadraient gentiment lâchent peu à peu l’affaire. Trop haut, trop loin. Quelques enfants continuent à agiter les bras vers lui, mais, déjà, la plupart des habitants sont
rentrés chez eux. C’est que le soir tombe. Et puis, il n’y a plus grand-chose à voir.
De là haut, Adelir exulte. Heureux. La foule qui s’éparpille dans le lointain, fourmis gigotantes, prouve qu’il a eu raison de tenter
la chose. Que son idée valait le coup. Il va la sauver, finalement, son église. Amasser les fonds suffisants. Avec un tel coup d’éclat, plus rien à craindre, Paranagua ne verra pas Dieu déserter
les lieux. Et puis, bordel, le livre des records, ce n’est pas rien, quand même. Et tout ça pour un investissement salement minimum. Un millier de ballons en plastoc, de l’hélium en quantité,
quelques bouts de ficelles pour fixer le tout. Et paf, le tour est joué et le prêtre envolé.
Adelir continue à monter. A ses
pieds, la jungle. Partout. Mais il ne voit plus grand-chose, désormais. Les nuages se font de plus en plus oppressants. C’est à peine s’il capte de temps en temps quelques vagues lueurs vertes
tout en bas. Il est temps de redescendre. Ne reste plus qu’à enclencher le mécanisme adéquat et …
Euh, le mécanisme adéquat ? Hem. C’était ça, alors, ce sentiment d’avoir oublié quelque chose ? Bloody
hell...
Adelir continue à monter. Boule de haine livide grimpant vers les étoiles en hurlant sa peur.
L’article de Courrier International relatant le croustillant fait-divers à l’origine de cette bafouille
est ici .
Illustrations : 1/ La chute d'Icare, Jacob Peter
Gowi. 2/ Icare, Henry Matisse.