Vendredi 1 août 2008




La lutte pour le kitsch universel continue, 
c'est ici :
http://www.article11.info  

par L'observateur impartial
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Lundi 19 mai 2008

 


Tu nous connais, on est pas du genre à faire des sentiments. A verser dans le mélo et l’eau de rose. Cartésiens, qu’on a toujours été, jusqu’au trognon. Convaincu de l’intense satisfaction procurée par la satisfaction du devoir rationnel accompli. Sans sciences, pas de joie. Sans ligne d’attaque franche et claire – mathématique – pas de paradis. Des Descartes postmodernes, voilà ce que l’on voulait être. Quand Alfred de Vigny déclamait lourdement son « la science trace vers les étoiles un chemin triste et droit », ou que Baudelaire gigotait mentalement, guignol grandiloquent, vers les femmes et les paradis artificiels, on gloussait. Forcément. Tant l’on savait que tout ça n’était que la triste prose d’attardés, de réacs romantiques aux idées pâteuses et vaporeuses. Point ne mangions de ce pain là. Les brâmes sentimentaux et fantaisistes ne passeraient pas par nous, on se l’était promis.
Et, vois tu, c’est ce qu’on a toujours essayé de défendre à travers l’ONK. Une approche scientifique et dépersonnalisée. Rigide, peut être, sans émotions, OK, mais tellement plus proche de notre idéal scientifique, de notre kitsch-antschaaung irréprochable. Des blocs de granit cervellesque rigoureux et parfaitement disposés, en ordre de bataille. Déterminés à faire triompher la Cause du juste et du rangé.
Mais voilà, derrière cette lumineuse rigueur scientifique qui nous tenait lieu de viatique, on savait qu’une faiblesse nous guettait. Que nous non plus, comptables de la cause kitsch, blouses blanches impavides, n’étions pas à l’abri de l’affolement des neurones, de la subjectivité hystériques. Achille avait son talon, Pandore sa boîte, Van Gogh son oreille, et nous… on avait notre Balavoine. L’intrépide héros de nos insomnies alcoolisées, le shaker synthétique de nos déhanchements solitaires sur le dance-floor du salon.
On l’a longtemps caché, cet amour. Danser sur Balavoine en public ? Plutôt crever. C’eût été avouer notre clapotage coupable dans des eaux malsaines, socialement bancales. L’alcool aidant, parfois, un scrupule nous prenait en société. Un courage risible. Timidement, on défendait l’être aimé. On vantait ses paroles maelstrom, sa carrure de chevalier 80’s, ses incursions jamais ridicules dans l’ouverture absolue de l’âme, sa destinée tragique, ses amours grandiloquents, ses remballes à Mitterrand. On s’emballait sur « L’Aziza », on disséquait – exégètes adorateurs – « Dieu que c’est beau », on creusait avec ardeur le terreau jamais épuisé de « je m’appelle Henry », croustillante réincarnation du Rastignac balzacien appliquée au top 50. On hululait notre foi en lui. Conquis, même si honteux. Parfois aussi, sous les lazzis des gardiens du bon goût, on tournait casaques, lâches, Judas sans grandeur. Mais toujours, au fond de nous, il y avait cette adulation sans condition, cette adhésion inconditionnelle. Amoureux, qu’on était.
L’ensemble de la rédaction de l’ONK, d’ailleurs, semblait galvanisée par la voix du lumineux en question. Parfois, quand tout le monde somnolait, perdait la foi ou pleurait le départ de Lumignon, quand ce con de Gaston nous cassait les oreilles avec son kitschophone et ses lubies débiles (tu peux te les foutre au cul tes sucettes géantes, babos mou), alors l’un de nous courait enfiler une galette de Daniel (oui, parfois, on se permettait ce genre de familiarités…) dans le lecteur de CD et la rédaction revivait de nouveau, fourmillait d’énergie et de foi en la vie. Comme si l’Illustre malaxeur de paroles absconses et de rythmes kitsch était notre potion magique, notre anti-kriptonite. Cacahouète magique insufflant force et persévérance dans cette désillusion ambiante.
On se surprenait parfois, lorsque les choses allaient vraiment mal, à se faire des marathons Balavoine : on se levait avec « je ne suis pas un héros », on chantonnait sous la douche ces paroles de « Tous les Cris les SOS » qu'on a jamais vraiment comprises, on prenait le métro avec « Sauver l'Amour » profondément enfoncé dans les oreilles – et l’infernal gris souterrain devenait guimauve azurée – on bossait sous perfusion « starmania », on glissait « chanteurs de charme » dans l’autoradio, acquiesçant grandement aux assertions injurieuses concernant ces enculés de chanteurs baveux/trafiquants d’armes qui font rien que piquer nos femmes, et la journée filait comme une mite soule, heureuse et insouciante. Il n’était plus question de grisaille ONKienne, de désertion lumignonienne, de plans de rigueur ou de toute autre incursion en territoire sombre. Faire danser la vie qu’il disait, on suivait le conseil à la lettre, ses mélodies en bandoulière.
Et puis, un jour, tout ça – cette foi, cette adulation – a commencé à demander à sortir au grand jour. S’est mis au travers de nos aspirations scientifiques. S’est glissé dans notre vie professionnelle comme le ver dans la pomme. On pensait « théorie », on écrivait « élégie ». On n’arrivait plus à tenir cette rigueur d’airain qui nous caractérisait (on le sait, certains plumitifs, apparemment jaloux, nous ont longtemps affublé du finalement flatteur patronyme d' « incorruptibles Narcisse qui se croient tellement au dessus du lot. » Et d’enchainer sur notre propension à ne pas suivre la ligne, à rester « au dessus de la mêlée », comme des « Albert Londres vantards »), qui avait fait notre gloire. On bossait sur un dossier Devo, et paf, on se surprenait à ne plus être objectif, à ramener notre vie privée, nos émotions personnelles, dans le tableau. Du coup, on coupait tout ce qui n’était pas conforme à notre ligne. Mais il ne restait plus grand-chose.
Et c’était pareil avec tout.
Par exemple, on écrivait de longues tartines sur l’âge d’or de la lutte québécoise, avec ses flamboyant héros – le nain Little Beaver, les frères Vachon, dont le magnifique et inénarrable Mad Dog Vachon, cf illus en haut avec son doux brother – mais, après concoction d’un reportage fleuve sur le sujet, on se rendait compte que ce n’était plus ça. Que la patte ONK manquait. Notre scientificité était prise en défaut, on palabrait en dehors de toute rigueur. E=Mc3, voire 4. Il y avait bien les sources, l’immensité du travail journalistique en amont, mais notre plume s’envolait vers l’hérésie romantique. On quittait le rationnel pour le sensible. Du coup on remballait notre sujet. On se tournait alors vers autre chose, comme cette « histoire raisonnée du tapis volant, de Schéhérazade à St Macloud », travail intellectuel de titan dont on était si fier, mais qui quel gâchis sombra également dans les affres du sentimentalisme gluant.

Tu le vois bien, des sujets, on en avait pléthore. Ils grouillaient sous nos plumes, s’entassaient dans nos valises mentales. Mais toujours, Balavoine s’interposait, nous dictait sa soif de poésie. Toujours, quand il s’agissait de mettre la main à la pâte, on se roulait dans la fange du romantisme effréné, du glapissement vers les étoiles. Pas forcément désagréable, d’ailleurs, cette aspiration à s’exprimer avec les armes du poète. Insuffler un peu d’âme dans notre approche, ça nous rendait vivants. Ca faisait danser l’écriture. Mais, tu le sais, l’âme n’est pas soluble dans le kitsch. On ne pouvait briller vraiment qu’à condition de convoquer les armes du scientifique – le scalpel, la courbe de niveau, le tableau statistique – pas en se tournant vers l’imaginaire et ses mondes mouvants. Lumignon l’avait magistralement théorisé quand il lança l’ONK dans les années 1960 : « nul ne saura triompher de l’hydre kitsch, le disséquer avec talent, s’il ne pratique une vie mentale monacale, vouée à la Cause. Pour nous, il ne peut et ne doit y avoir que le Kitsch, dans son dépouillement absolu. Le reste est à bannir. Coquecigrues et balivernes ne peuvent tracer la voie de l’épanouissement kitschien. » (L'Evangile selon Saint Kitsch, 1961)

Et, c’est triste à dire, Balavoine a bouffé notre rigueur, pourri nos aspirations à l’ascèse scientifique. C’est pour ça qu’on te quitte, mon beau Kitsch. Puisses-tu nous pardonner…



 
« Qui a vécu par le kitsch périra par le Kitsch » 

(Dolce, à son frère Gabanna)

par L'observateur impartial
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Lundi 19 mai 2008


« On dirait un aéroplane qui tombe.
C’est moi. »
Blaise Cendrars


La foule amassée devant l’église regarde le prêtre s’éloigner vers le soleil, baudruche humanoïde malmenée par le vent. Déjà, on a du mal à le distinguer au milieu de tous ces ballons. Les quelques pigeons qui l’encadraient gentiment lâchent peu à peu l’affaire. Trop haut, trop loin. Quelques enfants continuent à agiter les bras vers lui, mais, déjà, la plupart des habitants sont rentrés chez eux. C’est que le soir tombe. Et puis, il n’y a plus grand-chose à voir.

De là haut, Adelir exulte. Heureux. La foule qui s’éparpille dans le lointain, fourmis gigotantes, prouve qu’il a eu raison de tenter la chose. Que son idée valait le coup. Il va la sauver, finalement, son église. Amasser les fonds suffisants. Avec un tel coup d’éclat, plus rien à craindre, Paranagua ne verra pas Dieu déserter les lieux. Et puis, bordel, le livre des records, ce n’est pas rien, quand même. Et tout ça pour un investissement salement minimum. Un millier de ballons en plastoc, de l’hélium en quantité, quelques bouts de ficelles pour fixer le tout. Et paf, le tour est joué et le prêtre envolé.
Adelir continue à monter. A ses pieds, la jungle. Partout. Mais il ne voit plus grand-chose, désormais. Les nuages se font de plus en plus oppressants. C’est à peine s’il capte de temps en temps quelques vagues lueurs vertes tout en bas. Il est temps de redescendre. Ne reste plus qu’à enclencher le mécanisme adéquat et …
Euh, le mécanisme adéquat ? Hem. C’était ça, alors, ce sentiment d’avoir oublié quelque chose ? Bloody hell...
Adelir continue à monter. Boule de haine livide grimpant vers les étoiles en hurlant sa peur.


L’article de Courrier International relatant le croustillant fait-divers à l’origine de cette bafouille est ici .
Illustrations : 1/ La chute d'Icare, Jacob Peter Gowi. 2/ Icare, Henry Matisse. 
 





 

par L'observateur impartial
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Jeudi 1 mai 2008

Oh, that band !!! Devo, Whip it.


A énumérer les motifs à enthousiasme de ce clip des lumineux tarés de Devo, on prendrait le risque de s’étaler disgracieusement sur des pages et des pages. De s’embourber dans de longues considérations brouillonnes ; enthousiastes mais inutiles. On préfère aller au vif du sujet plutôt que de bramer longuement notre adulation de manière aussi indigeste qu’inconsidérée.  
C’est qu’il suffit de visionner ladite vidéo pour comprendre qu’elle est inépuisable niveau kitsch : des improbables couvre-chefs coniques* fièrement arborés par nos héros, en passant par l’accorte matrone zieutant la scène depuis la fenêtre d’un genre de chalet Ikea toc sa spatule phalique à la main, l’esthétique cuir (queer ?) cheap des membres du groupe, le déshabillage expert de cette zorrote voluptueuse finalement malmenée et les ébats très virils de cow-boys aux dents clinquantes et de cow-girls lascives qui n’ont pas vraiment l’air d’avoir du vague à l’âme**, le cocktail visuel distillé a tout pour réjouir, voire pour étourdir de volupté, l’amateur de kitsch qui se respecte.  
Déjà, il y avait la chanson en elle-même, jouissive incitation au sadomasochisme soft***, machine à danser et  hit absolu des désaxés du post-punk-kraut-rock-pré-électro-machin. Mais ce clip, que l’on vient juste de découvrir, en remet une couche dans la perfection kitsch et nous impose, bien contre notre gré (tu nous connais, on aime déblatérer jusqu’à saturation...), le silence.

 

 

«
Ah, c’est le silence, plutôt, qui devrait suivre. »
(Max Pol Fouchet, postface au chef d’œuvre de Malcolm Lowry, Au dessous du Volcan)

 


* Couvres chefs dit « en pots de fleurs » et expertement fabriqués par les intéressés en personne dans le but de focaliser l'intégralité de leurs énergies sexuelles sur leurs voix. Ca semble efficace.
** Le premier lecteur à signaler la très subtile allusion à un magistral et foutraque roman ricain contemporain gagnera son poids en jus de yahou.
*** « whip it » = fouettes ça / fouettes le !!!

 



par L'observateur impartial
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Mercredi 16 avril 2008


« Je me répète parfois. C’est pour contrebalancer mes contradictions. »
« L’espèce humaine naquit sans doute de l’hystérie d’une gorille peladeuse. »

« Le scandale est de n’en pas faire. »
«
L'homme est un enfant qui s'est bouché. »
(Louis Scutenaire)


 
Vois-tu, on est un peu vieux jeu, parfois.
On s’extasie devant des gens, des attitudes, des paroles, qui, clairement, relèvent d’un autre temps. Ne font plus partie du paysage depuis un bail.
On sait bien que ça ne reviendra pas. Qu'à hautes doses, c’est un tantinet anxiogène de se raccrocher aux fantômes du passé. De refuser de piocher dans le contemporain pour alimenter son imaginaire. Mais ce n’est pas notre faute, non, si nos enthousiasmes sont inéluctablement dictés par des fantômes ?

Et, clairement, Louis Scutenaire,
compagnon de route des surréalistes (quand ils n'étaient pas encore fanés), avec ses faux air d'Henry Miller en goguette, relève d’un autre monde. Disparu.
Nonchalant stylé, jouisseur, charmeur, ami des voyoux, contempteur des fades, dandy lumineux. Un genre d’André Breton sans mégalomanie et avec du rab de poésie, de Cocteau sans l’aristocratie. Beau parleur - le mot « hâbleur » semble avoir été inventé pour lui. Amoureux fou d’une femme, Lorrie (pas celle là, vandales culturels…), et aussi de toutes les autres. Sans pitié et cent fois généreux. Humble et Narcisse. Belge, évidemment. Anarchiste de salon et poète des ruelles. "Marxiste
à tendance Groucho". Emerveillé, toujours, en bien ou en mal. Prompt à dégainer le yahou et à vilipender ceux qui l’utilisent avec parcimonie. Vivant.
Il nous faut le confesser, on n’a pas lu grand-chose de lui. Mais ce qu’on possède, ce petit volume appelé Mes Inscriptions, 1943-1944*, est un des meilleurs remparts à la sinistrose que l’on connaisse. Recueil de petites phrases cinglantes  d’aphorismes, d’anecdotes, de déclarations d’amour ou de haine, d’absurdes vérités, de crachats stylés, ledit volume nous rend, bizarrement, terriblement nostalgique.

C’est qu’on aurait aimé le croiser au détour d’un café enfum
é pour l’écouter parler de femmes, de Lorrie qu’il aime – « C’est stupéfiant : Lorrie, qui n’a pas de cœur, a un cœur d’or. » – ou des écrivains et poètes qu’il admire, ceux qu'il cite en les faisant précéder de l’intitulé Le Grand Style – piochée arbitrairement, cette pépite : « Ta tendresse et ta raison sereines reniflent dans la nuit comme des cétacés. » (Rimbaud).
Et, c’est un peu vain comme constat, mais il nous semble que ce Grand Style que personnifie si bien Scutenaire, il ne pourrait plus exister désormais. De très loin. Que c’est une espèce éteinte et enterrée. Et, ce soir, vois-tu, on trouve ça vraiment injuste et triste.

Détournant Philippe Djian (« je donnerais dix mille vies contre la vie de Richard Brautigan »**), on le dit haut et fort : on donnerait dix mille vies de la plate Angot, du vide Beigbeder ou de toute autre limande (poisson très très plat naviguant au fond) littéraire contemporaine, contre une vie du réjouissant Louis Scutenaire. Quelqu’un est preneur ? 


Rab de Grand Style :
« Il est plus flatteur d'être distingué par une dévergondée que par une chaste, car la première fait un vrai choix. »
« Nous sommes tous atteints de face humaine. »
« Si j’étais Dieu, je croirais en lui. »

« Un monde se condamne, qui pense à Napoléon quand il s’agit de grandeur et à Sade quand il s’agit d’ordure. »
« Un vrai Don Juan se branle. »






* récemment et joliment réédité par Allia. Deuxième volume, chez Allia itou, Mes inscriptions, 1945-1963.
** Voici le passage en entier, because c'est trop beau, presque autant que du Brautigan :
"Je donnerais dix mille vies pour la vie de Richard Brautigan. J'essaie de vous dire ça en vous regardant en face. Vingt mille. Au fond, je ne m'écœure pas du tout. Il en tombe des centaines de milliers tous les jours. Est-ce qu'on pense à ses millions de lecteurs, à ces réservoirs de sang neuf qu'étaient Mémoires sauvés du vent ou La vengeance de la pelouse ? Quelqu'un essaierait-il de venir m'arracher des mains Tokyo Montana Express...?"
(Philippe Djian, "une raison d'aimer la vie", nouvelle tirée de Crocodiles).
N'opineront du chef à cette assertion audacieuse que les lecteurs dudit divin Brautigan. Pour les autres, on s'en bat la rate : qui voudrait être lu par quelqu'un qui n'aime pas démesurement Brautigan ?

 

 
par L'observateur impartial
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Lundi 14 avril 2008
Asylum Airlines : pourriture aéroportée




Par exemple le lundi, nous partirons de Vienne et ramasserons à Berlin, puis Paris puis Madrid tous ceux qui sont renvoyés au Nigeria. Le mardi, on fera le vol pour le Pakistan. Et ainsi de suite. (Hans Berger) 

 
Genre de top 50 des immondices, de hit parade de la saloperie humaine, cette nouvelle chronique se veut purement guidée par la haine et le dégoût. Et bassement misanthrope. C’est l’époque qui veut ça (notre présente humeur, peut être un peu, aussi…). Nous, on voudrait bien te parler de petites fleurs, de chanteurs à paillettes et d’amours passionnées (notre penchant naturel), continuer à déblatérer sur le kitsch à travers les âges, mais on le sent de moins en moins. Pas vraiment la motiv. Peut être, d’ailleurs, est-il temps de déménager pour chasser d’autres proies que le Kitsch ? A voir. Gaston planche sur le sujet.
Donc, cette chronique. Son principe est simple : livrer pieds et poings liés à la vindicte populaire, le plus gros immondice humain de la semaine (ou du mois, ou du jour, selon notre paresse et l’actualité), raclure de bidet de l’humanité que rien ne saurait sauver de notre mépris. Et prononcer illico sa rétrogradation au rang de « pitoyable baderne malfaisante de première classe ». Habiller tout ça d’une logorrhée adaptée au dégoût suscité par les heureux élus. En rajouter une couche dans la dénonciation des méfaits desdits élus. Et tirer la chasse.

 Au pilori cette semaine : Hans Berger et ses 2 potes, Hermann Heller et Carl Julius Wagner.
Les trois immondes, autrichiens (no comment...), viennent de lancer en fanfare une compagnie aérienne destinée à simplifier l’expulsion des sans-papiers dans toute l’Europe. Surfant sur la xénophobie latente – sous forme aseptisée – à l’œuvre dans tant de pays d’Europe, les malfaisants espèrent bien se faire un max de pognon. Asylum, qu’ils ont osé nommer leur compagnie. L’idée est de proposer des avions pensés tout exprès pour l’expulsion des indésirables, et ainsi éviter les habituelles embrouilles, quand passagers ou commandants de bord s’insurgeaient. Désormais, on pourra raccompagner les clandestins à l’abri des regards, les matraquer en toute discrétion, même dans les avions. On n’arrête pas le progrès. On les parquait déjà dans des zones éloignées des regards, mini-Guantanamos à forts relents vichystes. Maintenant, on va pouvoir voir les choses en grand. Le petit Hortefeux doit jubiler (ledit jubilant devant s’attendre à une nomination rapide et rigoureuse dans notre top 50 de l'immondice), les 25000 seront facilement atteints... 
Dans Bakchich d’aujourd’hui (bon article,
ici), Hans Berger déblatère dégueulassement sur la genèse de son idée dégueulasse. D'ailleurs, il ne déblatère pas, il vomit. Très sûr de lui, fier même, l’immonde explique pourquoi il est content de proposer « une solution praticable et économique au renvoi de “ces gens-là” ». La truffe frémissante, la raclure assène quelques considérations ultra libérales sur les bienfaits de son idée (comment que ça va être plus facile et moins coûteux désormais de renvoyer les gens chez eux, je te dis même pas…). D’ailleurs, il tient à le dire, il y aura tout le confort possible, de quoi attacher fermement les clandos, des trucs en mousse anti suicides et même, –  l’hallucinante ordure ose le mentionner comme si ça faisait de lui une sorte de St François d’Assises gonflé de bonté – un sandwich et un verre d’eau gratuits pour ceux qui se tiendront bien.

Ainsi, pénétrant de plein fouet dans ce territoire de saloperie contemporaine inauguré hexagonalement par Sarkozy et appelé la « décomplexion », l’horrible baderne autrichienne s'auto-décerne des lauriers pour sa clairvoyance et son génie. C'est qu'Hans Berger est « décomplexé », ce qui, dans l’acceptation contemporaine du concept, très en vogue dans nos propres contrées rances, veut dire qu’il a pas peur de sacrifier tout idéal un peu humain sur l’autel du fric roi. Ca veut dire aussi qu’il s’en bat le steak de la misère humaine qui n’a qu’à rester chez elle plutôt que de débarquer sur nos blanches terres d’Europe, terres qui de toute façon ne veulent pas d'elle ni de ses enfants qui font que de génocider des moutons dans les baignoires en préparant le Jihad avec leurs 15 femmes voilées...
En fin de compte, son petit business de rat semble bien parti pour rapporter un max d’argent. Hans Berger est content. Fier de sa réussite. Il ose le dire. Le claironner. Il ne rase même pas les murs, il suinte plutôt la satisfaction. Un portrait dans Valeurs Actuelles ou Le Figaro est à envisager, avec en gros titre quelque chose du genre « le pourfendeur des pesanteurs sociales », ou « Hans Berger, itinéraire d’un commandant de bord aux galons mérités ». Un héros de notre temps, à n’en pas douter.  

Et, ici, on a choisi d'en tirer les leçons nécessaires. Puisque se décomplexer est à la mode, on ose le dire, en tout décontraction, vu que nous aussi on est 'achement décomplexés comme mecs : ignoble immondice !  


ps : Autre nouveauté de l’ONK, aujourd’hui (jour faste, sonnez tambours et trompettes...), celle de la citation suivie de son châtiment immédiat, salvatrice opération poétiquement nommée « t’as osé dire ça, ben prends toi ça dans les dents, fieffée canaille ! ».
L'heureuse élue boursouflée d'obscénité est cette sybillino-vomitive citation d'Hans Berger, immonde en chef : « Les bonnes idées, comme notre future compagnie aérienne Asylum Airlines, naissent souvent dans la convivialité, autour d’un verre. »

L'immédiate réaction épidermique ne se fait pas attendre, conviviale, elle aussi, tu t'en doutes :

 


(Topor)

 


Pps : on voulait raccorder ce sujet au dernier scandale en provenance de la question sans-papiers, cette préfecture (Nanterre) prise la main dans le sac de ses pratiques honteuses, à savoir les pièges tendus aux sans-papiers dans ses propres murs avec de fausses convocations et de vraies arrestations. Pratiques qui ne sont pas sans rappeller certaines heures peu glorieuses de notre peu glorieuse histoire. Mais voilà, un sujet gerbant nous suffit largement et l'overdose nauséeuse nous guette. Je t'invite quand même à parcourir cet
article de Libé, si ce n'est déjà fait. Pour édification. Fétide.  

  Ppps : Ouaip, Charançon, ai fini par m’emparer de ce titre, tel un rapace. Mais je te rappelle que « faites entrer la purée » est encore vierge de toute utilisation, et que tu en possèdes le copyright, heureux veinard…


par L'observateur impartial
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Vendredi 11 avril 2008

Trou noir et collisionneurs géants de hardons : l’apocalypse est pour août prochain et il est Suisse. Honolulu s’insurge.

 



Il y a une théorie qui dit que si un jour on découvre à quoi sert l'univers et pourquoi il est là, il disparaitra immédiatement pour être remplacé par quelque chose d'encore plus bizarre et inexplicable. Une autre théorie  dit que celà  s'est déjà passé.

Douglas Adam, Le Dernier restaurant avant la fin du monde.

 

 

Ici, à l’ONK, on manque  d’imagination, des fois. On sous-estime les capacités magiques de ce bon vieil être humain qui jamais – au grand jamais – ne nous déçoit. Tout comme son environnement naturel, d’ailleurs (vous a t’on déjà parlé de Tourtie, notre extraordinaire tourterelle géante semi-apprivoisée, mascotte de l’ONK ?).

Tenez, la fin du monde, par exemple. On a toujours claironné qu’elle ne saurait tarder, on a potassé le sujet comme des bêtes et on a passé des heures à imaginer les différents scénarios, du conflit nucléaire à l’apocalypse écologique, en passant par l'insurrection des renards (à Londres, ils en sont déjà à manger les bébés dans les rues*) et la chiquenaude divine zappant sur une autre chaîne planétaire. On se croyait au top du top en matière de fin du monde. Des cracks. Même qu’on avait vus Armageddon 2 fois. Et qu’on pouvait citer Nostradamaus et Paco Rabanne dans le texte. De quoi nous considérer comme blindés sur le sujet.

Mais voilà, comme à chaque fois que l’hubris** s’empare de nous, qu’on se croit omniscients et intellectuellement surpuissants, on apprend une nouvelle qui nous fait directos remettre les pieds sur terre. Oublier nos velléités d’ascendance divine. Et au vu des dernières nouvelles en provenance d’Hawaï, nos connaissances en matière d’anticipation apocalyptique bégayent terriblement. On se croyait Philippe K. Dick ou Orwell, on est que les frères Bogdanoff. Dur.

 

L’affaire est limpide. Le CERN, centre de recherche sur la physique nucléaire, les molécules et tout le tralala scientifique abscon, basé à Genève, a mis en route depuis un certain temps la construction d'un accélérateur de particules d’une taille et d’une puissance défiant tout ce qui avait pu se faire en la matière (huhu) par le passé. Une belle bête de 27km de long poétiquement baptisée « grand collisionneur de hardons » qui a couté la bagatelle de 5 milliards d’euros et devait normalement être mis en service fin août. Ladite méga machine devait grandement faire avancer la science dans ces domaines 'achement balèze où on ne comprend rien même si on a essayé de lire Stephen Hawking.

L’affaire était lancée, la machine au look de Centre Pompidou nouvelle génération quasi terminée (cf. ci-contre) et les prix nobels au congélo avec les bouteilles de champ. Tout se passait bien, et on allait apprendre des trucs salement pointus sur les nano-particules, l’expansion de l’univers, les microns galactiques et tout le bazar.

Jusqu’au cri d’alarme lancé par deux savants assez obscurs, Walter L. Wagner (ancien physicien de l’université de Californie) et son teupo Luis Sancho (illustre inconnu mais qu’y s’y connaît quand même vachement dans le domaine de l’antimatière), convaincus que ladite machine, dès sa mise en route, aspirerait la terre dans un trou noir, avant de grignoter le reste de l’univers sur sa lancée. Aspirés par la Suisse, c’est vrai que ce serait ballot.

Du coup, nos deux sommités précitées ont lancé une action en justice devant la cour d’Honolulu (Pourquoi Hawaï ? euh... une autre question ?) afin d’empêcher in extremis le lancement du super méga truc à particules et par conséquent, sauver l’univers. ***

Les deux Bruces Willis de la physique ont ainsi affirmé à la cour, que le giga accélérateur pourrait, je cite, « créer un trou noir susceptible d’engloutir la Terre et peut-être l’univers entier ». Argument choc, il faut bien le dire, qui a été pris très au sérieux par la cour en question. Verdict, le 16 juin. 


A l'ONK, on est convaincus que les deux trouble-fêtes ont raison. Que l'hara-kiri planétaire n'est plus qu'une question de mois. Et on prie fièvreusement pour l'accomplissement de ladite prédiction. Pour tout vous dire, à imaginer la chose, on frémit d’impatience. Et on espère que les deux gus ne vont pas réussir à mettre des bâtons juridiques dans les roues du feu d’artifice monochrome attendu.

C'est qu'on aimerait bien y avoir droit, à l’apocalypse par le trou noir. Etre aspiré dans  un trou noir, quelle plus belle fin du monde ? Esthétiquement, ça doit quand même en jeter un max (hormis peut être ce bruit pressenti d’évier qui se débouche). En tout cas, surement plus que la mesquine fin du monde qui nous pend de toute manière au nez, laborieux processus sans envergure qui va trainasser pendant encore au moins 20 ans avec son lot de souffrances indicibles et de catastrophes meurtrières. Alors que là, ça aurait de la gueule. Comme de finir dévoré par un dinosaure, écharpé par ses fans en furie, éreinté par une nuit d'amour ou défoncé par Chuck Norris. Une belle fin. Et puis, ce noir absolu et soudain, ce vide engloutissant l'immensité sans prévenir, ça a quelque chose d'indéfinissablement tentant. De terriblement séduisant dans son dépouillement. « Pretty Vacant », glapissait lumineusement Johnny Rotten du temps des Sex Pistols. « Joliment vide ». C’est exactement ça.

 


 

 

* Eh, Manu, elles sont dignes de confiance, tes infos, hein ? Il y a bien conspiration des renards britons babyphages ? Tu confirmes, main sur le coeur ?

** Si il y a des crétins ignares parmi nous, on leur conseille fortement d’investir dans un dico de grec ancien. Z’êtes pas sur n’importe quel bloug ici…

*** Je vous sens incrédules, bandes de moules. Voici quelques liens pour désaltérer votre soif de vérité journalistique et ancrer ce billet dans ce réel que vous osez - mécréants! - lui dénier : Ici, ici ou ici. 

 

Ps : Gaston ? Euh, bah, il est toujours pas sorti de son bureau, alors on vaque à nos occupations. Si on excepte l’invasion de termites incendiaires après diner et l’éléphant qui vagit dans les toilettes, tout se passe bien, merci. Et on attend une déclaration solenelle d'une minute à l'autre. 

Pps : merci à toi, Chlo, pour ce tuyau revitalisant. L'ONK a même failli se pencher sur l’ascendance mongole de la petite Alechinsky, ton autre tuyau, mais le sujet était trop compliqué pour nous. Par contre, si tu veux t’y coller, ces pages te sont ouvertes…



Trou noir qui, comme son nom l'indique, absorberait toute la matière qui l'environne et grossirait jusqu'à engloutir la suisse, l'europe, le monde, la galaxie, l'univers, et il rejoindrait probablement le trou noir qui est au centre de l'univers et il n'y aurait plus rien.
(Chlo by mail)

 

 

par L'observateur impartial
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Lundi 7 avril 2008

Despotisme de la paresse, kitschophone et esthétique de l'espadrille :
Gaston Lagaffe à la tête de l ONK.

 

 

Lumignon était parti. Loin. Crapahutait par monts et par vaux, portant religieusement la sainte parole du Kitsch autour du monde. Che post-moderne, il avait abandonné sa révolution pour en créer de nouvelles, troquant juste la Bolivie pour des zones de non-droit du même tonneau (aux dernières nouvelles, l’intrépide pérégrinait en Picardie, distillant l'Evangile du Kitsch à ces misérables masses abandonnées de tous). 
A l’ONK, orphelins, inconsolables, on clapotait dans des eaux saumâtres. Et on s’interrogeait lugubrement : sans notre guide spirituel, comment mener à terme cette révolution par le kitsch que nous appelions désespérément de nos vœux ? Comment faire face à l’avalanche de demandes affolées envoyées par des fans en détresse ? Comment vivre, tout simplement, sans notre phare, notre petit père des enthousiasmes ?

L’atmosphère dans nos locaux était à la pendaison, au clapotage improductif. On tournait tous au prozac, au lexomil, à la kétamine pour les plus touchés. Une atmosphère de défaite planait sur nos têtes, et personne ne savait comment enrayer la vague sombre. Judith, la petite rouquine du service livraison, avait tourné gothique, et faisait le tour des bureaux en annonçant d’une voix zozotante (17 piercings sur la langue, on croit pas comme ça, mais ça handicape un tantinet niveau élocution) le retour du Malin en ces lieux désertés par la grâce. Georges, notre hippie de service, toujours prompt à dégainer la parole fleurie et l’optimisme halluciné (« t’inquièèètes mec, il restera toujours les fleurs et les oiseaux… ») s’était rasé la barbe et les cheveux, avait troqué Jefferson Airplane pour Eddy Mitchell et ressemblait désormais à un comptable propret et dépressif. Même Raoul, notre stagiaire cocaïné, celui qui engraissait comme un coq en pâte en nos locaux après la torture d’une formation HEC, se laissait aller à des excès lacrymaux impromptus durant les réunions.   
L’ensemble de la rédaction dégageait désormais une odeur âcre et rance de désillusion ennuyée.

On laissait passer la plupart des sujets sans réagir, englués dans la morosité. Cette vidéo d’un russe descendant cul sec sa boutanche de vodka dans les toilettes de son lycée avant de s’écrouler dans son vomi ne nous avait ainsi arraché qu’un sourire crispé, alors qu’en temps normal, on aurait tartiné joyeusement sur le spleen éthylique de l’âme russe à travers les siècles, convoqué le souvenir de Maiakovski ou Gogol et encensé le glorieux débile russkof. Pareil pour cette incursion de Star trek au pays des acides, rythmée par l’immense White Rabbit des Jefferson Airplane (la chanson préférée de Georges avant sa conversion forcée aux préceptes du marché), aussi incongrue que jouissive et qui aurait, à coup sûr, méritée un billet laudateur en bonne et due forme.
Les sujets s’accumulaient dans nos dossiers, toujours commencés, rarement finis. "Van Damme et la révolte du langage", "le motif point de croix à travers les siècles", "le retour de la chique", "Laure Manaudou Vs Paris Hilton", "Les bébés congelés : phénomène de mode ou passage obligé ?" … Tout un tas d'enquêtes ambitieuses qui ne semblaient pas parties pour voir le jour. On songeait sérieusement à lâcher l’affaire. Et à revendre nos locaux de l’avenue Montaigne pour fuir avec l’argent accumulé. Emigrer collectivement vers un ashram indien. Racheter une écurie de Formule 1. Ou proposer nos services au Figaro – 6 mois qu’ils essayaient de débaucher notre équipe de choc... N’importe quoi nous aurait semblé plus enviable que la situation présente. On voulait juste quelque chose à même de nous changer les idées. Quelque chose ou quelqu'un qui aurait nettoyé au karcher yahouesque (?) nos cerveaux embourbés dans la nostalgie lumignonesque.

Et puis, un samedi soir de bouclage, alors que nous n’avions strictement rien à boucler, juste des pages blanches, Georgette, notre secrétaire ukrainienne, eut une une idée. Rompant 52 mn de silence désespéré, interrompant Jean Loup qui s’ouvrait les veines avec son coupe-papiers émoussé, elle proposa, naïvement :
« et si, genre, on se trouvait un autre guide ?  »
Et tous, forcément, de rugir : « Lumignon est irremplaçable, gourdasse * »
Elle, d’insister : « mais pas pour toujours, blaireaux congénitaux*. Je sais bien qu’il est illusoire d’essayer de le remplacer. Mais juste en attendant qu’il revienne. Pour ne plus, genre, croupir comme des âmes en peine. »
Georges marmonna : « C’est pas ce qu’il aurait voulu. »
Eliane du service photogravure, celle qui déchainait les jalousies féminines pour la fois où elle avait réussi à coincer Lumignon dans l’ascenseur le temps d'un coup rapide, enchérit : « Ouais, ce serait sacrilège. Et puis, il va revenir, je le sens. »
Tout le monde ne partageait pas son avis. Finalement, on a débattu de la chose pendant des heures. Enfin, quelque chose nous motivait un peu. Il y a avait ceux qui trouvaient l’idée très bien, et les autres, ceux qui n’imaginaient pas obéir à d’autres ordres que ceux de l’immense Lumignon.
On a fini par trancher. On organiserait des élections. Et l’élu, notre nouveau directeur de la rédaction, ne resterait en poste que durant l’absence de Lumignon.


Les résultats du scrutin furent sans appels. Un raz-de-marée éléctoral en faveur d'un challenger imprévu : 89% des suffrages ! Dee Dee Ramones, son principal rival, était loin derrière avec son minable 4%. Pour tout vous dire, on n'a pas très bien compris ce qui nous arrivait. Je crois que la plupart d'entre nous a juste voté pour la personne que Lumignon semblait le plus admirer au monde. Celle qu'il citait le plus souvent comme exemple à suivre. De toute manière, en fervent démocrates, on s'est pliés au verdict des urnes. Et puis, finalement, qui d'autre que lui aurait  pu convenir ? Sans conteste, le meilleur avait gagné. Gaston Lagaffe, le garçon de bureau le plus admirable du 20ème siècle, propagandiste infatigable des saines vertus de la paresse et incontestable parangon esthétique de nombres de protagonistes de l'ONK (c'est bien simple, on le copie tous, capillairement comme vestimentairement...) était officiellement intronisé au poste de nouvelle tête pensante de l'ONK.

3 heures après, il débarquait. Un peu vieilli, un peu ridé, mais  fidèle à l’image qu’on en avait gardé : espadrilles bleues fluo, attirail improbable dans son sillage (dont un kitschophone, genre de platine DJ ne jouant que du Donna Summer), merveilleusement voûté et endormi.

Il a directos tapé du poing sur la table, renversant – M’enfin ! – illico notre cruchon de Vodka, tout en proclamant avec emphase : « tout ça va changer, je vous le dis. »
Il a testé les fauteuils. A commencé à tourner autour de Judith, la rouquine, l’appelant bizarrement « Mademoiselle Jeanne ». Puis a filé dans son bureau. Depuis, on entend quelques explosions éparses en provenance de son antre. Des accords d’un genre d’instrument qui semble reproduire le son d’une avalanche de boue. Il y aussi cette fumée rosâtre qui s’infiltre partout et nous donne des nausées. De temps en temps, une bande de 12 canards traverse d’un pas de sénateur nos bureaux. On cherche pas à comprendre, ni à les ennuyer. Mais ce serait bien qu’ils arrêtent de mâchonner les câbles électriques, parce que la plupart des ordinateurs ont déjà perdu leur connexion Internet. Et puis, on s’éclaire tous à la bougie, désormais c’est pas si pratique. Ca pourrait aller s’il n’y avait pas cette odeur de cassoulet-fraise, tellement prenante, qui s’infiltrait partout. Mais on finit par s’habituer. Et puis les 12 sucettes géantes** livrées ce matin par Jules de chez Smith en face sont très pratiques comme porte-manteaux.


En tout cas, nous, on attend les ordres, avant de lancer de nouveaux sujets. Et, je sais pas pourquoi, mais, à mon humble avis, je dirais que vous êtes pas prêt de nous relire… ***

 




* oui, l’athmosphère s’était quelque peu tendue ces derniers temps. Et la franche camaraderie qui nous animait auparavant n’était plus qu’un lointain souvenir. Sûrement une des raisons de notre plan Barbarossa hiérarchique...
**
Toi qui ne me lis jamais, te dédie cette divagation, au cas où. Après tout, t'es la seule constructrice de sucettes géantes que je connaisse. Et sûrement la seule à même d'apprécier à sa juste valeur la classe intemporelle de notre nouveau guide spirituel...
*** Peut-être que c'est pas plus mal, après des billets aussi improbables...
 

 



par L'observateur impartial
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Dimanche 6 avril 2008

 Chassez les talonnettes, elles reviennent au galop


 

 

Ils sont unanimes, ces britons. Tous. Etudiants, poivrots, fans d’Arsenal, serveurs, chauffeurs de taxis, proprios, colocs ghanéens, piliers de pub, mancuniens, paki en goguette, sosies de Beckham, écossais, profs… Pas un pour contredire leur touchante unanimité. Pour apporter un peu de grain intellectuel à moudre au camp adverse. Tous, ils le trouvent ridicules. Et, indéniablement, ils se foutent de notre gueule.

D’abord, ils commencent par s’étonner : « comment avez-vous pu voter pour ça* ? ». Etonnement qui, nous déshonorant, les honore. Même s’il faut reconnaitre que leur réaction est plus basée sur le style clinquant-beauf de Sarkozy que sur une analyse poussée de ses politiques scélérates. En clair, c’est surtout un sujet de moquerie (comme on les comprend…). Sa taille, ses mimiques, ses poses ridicules, son look d’affairiste bas du front, son manque de dignité, de hauteur surtout. Ils le verraient passer dans la rue, ils le hueraient, puis le raccompagneraient aux limites de la ville recouvert de goudron et de plumes.

C’est quelque chose qu’on ne saisit pas forcément depuis la France, cette image dérisoire que l’on renvoie via notre émissaire présidentiel. On s’en doute, on l’espère presque (l’humanité entière ne serait alors pas bonne pour la poubelle, seulement notre petit hexagone rance…), mais on n’en devine pas l’importance. On ne voit pas qu'on est devenus les crétins n°1 de l’Europe, sans prévenir (même les italiens sont détrônés) et sans conteste. Voilage de face dans lequel nos médias panurgiens portent une lourde responsabilité.

Ca nous rappelle cette réunion bruxelloise de l'UE sur les budgets nationaux (vers septembre de l’année dernière) où Sarkozy s’était fait très méchamment tapé sur les doigts par ses homologues européens après avoir annoncé que la France ne tiendrait pas ses engagements en matière économique, et n'essayerait même pas, d'ailleurs. Une rouste mémorable qu’il s’était prise. Avant de rentrer triomphalement en France clamer qu’il avait « maté tous ces petits bureaucrates bruxellois qui n’avaient pu que s’incliner face à son pragmatisme et à son énergie » (un truc du genre). Ce que les journaux et télés françaises s’étaient empressées de colporter (« gloire à celui qui a su défendre nos intérêts face aux technocrates à dents longues », des trucs du genre). Alors que les autres médias européens faisaient état d’une « claque pour Sarkozy » ou titraient « Sarkozy se fait petit » (encore plus ? hinhin)…

 

 

Et si, effectivement, la traitresse Carla a fait l’unanimité auprès des trop gentils britons (un genre de robe à la Jackie Kennedy, une courbette servile aux pieds de la croulante encouronnée, des mimiques à la Diana, et ces empaffés perdent tout leur fiel…), ça ne change pas grand-chose : un pantin dérisoire qui sort avec une bonnasse reste un pantin dérisoire (L’effet Karembeu, comme on dit chez nous). Et ce qui a finalement le plus retenu l’attention, ici, c’est plutôt le contraste entre la classe de l’une et l’insignifiance vulgaire de l’autre.

Les italiens ont connu ça avec Berlusconi. Ce calvaire à l’étranger où les gens ne connaissent plus votre pays que pour sa déchéance politique. Pour ce choix ridicule d’une personne tellement indigne. Cet aveuglement collectif qui vous transforme au rang de benêts mondiaux. C’est mérité, bien sûr. Mais, quand même, c’est ballot. On se casse à l’étranger pour ne plus le voir ni l’entendre, pour échapper à son omniprésence fallacieuse. Et chaque personne que vous croisez vous ramène à votre triste condition de pendard franchouillard aux ordres d’une baderne egotique.

Désormais, notre prestige international se ramène à deux ou trois éléments pustuleux ; exit les camemberts, les petites femmes de Paris, Piaf, le bon vin et la patrie de la littérature, place à l’imagerie sarkosienne : des talonnettes, une bonnasse, des relents nauséabonds de racisme généralisé, un populisme bas de gamme, la lourdeur de Bigard, une grosse montre, la gueule nécrosée de Johnny « Exil Fiscal » et un look vulgos. Le cocorico a encore frappé…

 

* Notez le bien compréhensible refus de faire appartenir Sarko à la race humaine, la volonté de le laisser à un stade indéterminé, mi-animal, mi-objet : « pour ça ».

 

 

« Avec tact, Carla choisit des chaussures plates pour ne pas dominer le président »

(Daily Mail, 27/03)


 

par L'observateur impartial
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Vendredi 4 avril 2008

This is not a love song : le glaviot post-punk dans toute sa splendeur



Sûrement le sourire le plus carnassier du 20ème siècle briton. Un savoureux mixte entre grimace sanguinaire et clin d’œil cynique. Un condensé de méchanceté rigolarde et de nihilisme absolu. Une arme sans équivalent contre les boursouflés, réacs et pisses froids de tous bords. Le meilleur antidote aux glaciales années Thatcher. Un sourire venimeux que même Attila il se serait damné pour l’avoir.
Le détenteur de la chose ? John Lydon, allias Johhny Rotten (littéralement « Johnny Pourri », référence à sa dentition un tantinet malsaine…), l’immortel chanteur braillard des Sex-Pistols. Celui sans qui le punk anglais n’aurait jamais atteint les sommets sur lesquels il caracola gaillardement. La cerise humaine sur le gâteau du barnum punk.
On ne va pas s’attarder sur les Sex Pistols et leur histoire mouvementée, trop connu, trop rebattu. Pas le genre de l’ONK de manger à des râteliers déjà surfréquentés (« la virginité thématique est le cheval de Troie de notre glorieuse approche journalistique », comme le dit si justement Janus Lumignon). Par contre, la suite de l’histoire est moins connue. Et recèle itou son lot de croustillantes anecdotes.

San Francisco, janvier 1978. Les Sex Pistols viennent de mourir au front. Piteusement.
Leur dernier concert vient de  s’achever. Il ressemblait plus à une exhibition de freaks qu’à une performance musicale. Sid Vicious, au fond du trou, s’est tailladé un sanglant « give me a fix » sur le torse à l’aide d’un tesson de bouteille, junkie incorrigible et plutôt dérisoire (l’envappé titubant n’a même pas capté que les autres ont éteint l’ampli de sa basse au début du concert tellement il jouait mal...). Et les trois autres ne se parlent plus depuis des lustres. Se détestent même cordialement. Le concert s’en ressent. A chier, tout simplement.
A la fin du concert, Johnny Rotten s’assoit tranquillement sur la scène du Winterland, ses jambes pendouillant vers le public, et balance, rictus en bandoulière, l’immortelle sentence qui met fin à l’aventure :
« Z’avez jamais eu l’impression de vous être fait avoir ? »
Fin des Sex Pistols. Et, pour beaucoup, fin annoncée de Johnny Rotten.



Malcolm McLaren, l’enfoiré de manager génial et mégalo essaye bien de rattraper le coup par la suite. De reformer le groupe, sa vache à lait. Il a notamment le projet de tourner un film mêlant ses poulains et Ronnie Biggs, un gangster anglais rendu célèbre pour une sanglante affaire d’attaque de train. Un genre de Mesrine à la sauce britonne qui s’est enfui au Brésil pour fuir les foudres de la justice. Ca le botte bien, McLaren, un plan foireux comme ça. Un bon moyen de faire de la pub autour du groupe. Mais voilà, Johnny Rotten l’envoie chier. Et laisse les autres s’envoler pour une équipée brésilienne complètement loufoque.

Après ça, personne n’est prêt à miser un kopeck sur Rotten. Tout le monde le voit comme la créature de McLaren, comme un pantin décérébré aux ordres du génial manipulateur*. Un mec un peu neuneu qui s’est trouvé au bon endroit au bon moment et qui chantait comme un dément. Et c’est tout. Surement pas quelqu’un doué d’un talent autre que celui de foutre la merde. Trop crade, trop vicieux, trop morveux. Périmé. Incapable de faire preuve d’ambition musicale qu’ils disent tous.
Rotten s’en fout. Il sait où il veut aller. Illico,il forme PIL (Public Image Limited) avec quelques potes à lui. Et pendant trois ans, ils s’emploient à révolutionner le paysage musical de l’époque. Dans les grandes largeurs. Le punk binaire et la fureur braillarde, Rotten en a sa claque, alors il se lance dans quelque chose d'intégralement nouveau. On va pas se lancer dans une analyse musicale de la chose, ce n’est pas le lieu pour ça**. Non, on était parti sur le rictus de Johnny Rotten, parce qu’il nous semblait condenser à lui seul ce que le punk pouvait avoir de plus excitant. Et donc on va rester là-dessus. Exit donc, l’analyse des trois premiers albums de PIL et de leur giganteque importance musicale (d'ailleurs, on est beaucoup trop dilettantes musicalement pour pouvoir s'en dépatouiller sans casse...). Et on saute directos à ce qui nous intéresse : 

 

La scène prend place fin 1982. PIL existe depuis trois ans. Les tristes sires qui considéraient Rotten comme un mongolien incapable de faire autre chose que brailler magnifiquement en jouant frénétiquement 3 accords de guitare avec la distorsion à fond les ballons en sont pour leurs frais. Le groupe est devenu une référence en matière d’expérimentation musicale et s’est détaché du punk pour s’orienter vers quelque chose de salement novateur. Devenant ainsi le pilier du post-punk. Et la reconnaissance des pairs est là. Indéniablement.

Par contre, le succès public n'est pas vraiment au rendez-vous. Rotten s’en fout, mais Virgin, sa maison de disques, un peu moins. Echaudés par des ventes de disques plutôt moyennes (en comparaison de la folie Sex Pistols), Virgin commence à mettre la pression sur Lydon. Aux yeux des patrons de la boîte, il est temps de pondre un tube, un truc qui pourrait se vendre en single, passer sur MTV, et tout le toutim. Le mieux, lui disent-ils, ce serait une chanson d’amour, fédératrice. Un truc un peu moins dur d’approche. Voire mièvre. Sinon, c’est la porte.

Le reste, la naissance de la chanson, est supputations. On imagine Rotten rentrant chez lui après l’entrevue. Cogitant un moment, furieux (Une chanson d'amour? et puis quoi encore, chanter en playback? Reprendre du Bruce Springteen?). Cherchant comment entuber les pontes de Virgin sans se faire virer. Et soudain, rictus déployé, il commence à poser les bases de cette Love Song qu’on vient de lui commander. Et qu’il intitule sobrement, magistral bras d’honneur aux pontes de Virgin et à leurs désidératas bassement matérialistes : This is not a love song.

La chanson, foutraque au possible, est sautillante et absurde, l'essentiel des paroles étant constituée par le titre inlassablement répété par un Rotten goguenard. Must kitsch (très 80's dans l'âme) autant que manifeste musical, elle ne réjouit pas vraiment - euphémisme d'envergure - les pontes de Virgin quand ils l'entendent pour la première fois... 

Ironie de l’histoire, ce bras d’honneur musical devient illico un carton absolu. Au japon, notamment, où il se vend des quantités hallucinantes du single (pour des raisons plutôt mystérieuse, d’ailleurs : pourquoi les japon ?). Le clip, dans la même veine du « je vous emmerde, je fais ce que je veux et je le clame haut et fort, bande de nazes » est tellement kitsch et absurde qu’on hésite presque à vous l’offrir en pâture (pour le voir, cliquez ici). Rotten y danse dans une limousine décapotable conduite par un chauffeur en livrée, fait coucou aux autres voitures, enchaîne grimaces devant un building... Pendant 4 longues minutes***. Se tortillant sur la banquette, twistant comme un banquier névropathe en costume démodé et arborant d’immondes lunettes de soleil bleu fluo, il se fout ouvertement - c'est limpide - de la gueule du monde entier.

Ici, à l’ONK, on aime beaucoup ce clip (la chanson aussi d'ailleurs). On le considère même comme un chef d’œuvre absolu. Le truc qu'on regarde chaque matin au réveil pour continuer à croire en la vie, un genre d’aérobic cervellesque qui nous sauve de la morosité.

C’est qu’à imaginer Johnny Rotten affalé sur son fauteuil et visionnant le clip débile qu’il vient de tourner, jubilant d’avoir une fois encore entubé son monde en beauté, on ne peut s’empêcher de ressentir une profonde sympathie pour l’arnaqueur en chef.

« Z’avez jamais eu l’impression de vous être fait avoir ? » : oh que si, et on en redemande… ****

 

 


« Etre gentil, c’est facile… » (Johnny Rotten)

 

 


* Après avoir quitté les Sex Pistols, il se verra interdire d'utiliser ce pseudo de Johnny Rotten, McLaren en réclamant la paternité. Suite à un procès ubuesque, Rotten sera forcé de se rabattre sur son nom de naissance, à savoir John Lydon. Nous, on préfère encore l’appeler Rotten, notre manière de prendre position (et après y’en qu’y viennent dire que l’ONK est pas un truc « engagé »…)

** Et si jamais t’es pas content, tu files acheter les différentes galettes du groupe – notamment les trois premières –  pour te faire ton propre avis et brûler ensuite quelques cierges en l’honneur du saint homme déjanté et de ses intuitions révolutionnaires.

*** Le visiteur qui ne le regarderait pas jusqu’à la fin peut se considérer comme définitivement excommunié de l’ONK (oui, c'est cruel…)

**** Euh, Johnny, si tu me lis - le contraire m'étonnerait -, quand je dis qu'on en redemande, je parle de ta période glorieuse, hein. Je ne voudrais pas qu'il y ait méprise. Par exemple, les récentes et risibles reformations des Sex Pistols ou tes participations à des émissions de télé-réalité, ce n'est pas ce que j'apelle de mes voeux. Loin de là...

 

 

Ps : Lumignon est en vacances. Du coup, l'ONK tourne un peu au ralenti - un seul Lumignon vous manque et tout est dépeuplé... Mais rassurez-vous, fans fidèles et innombrables, son retour est annoncé incessamment sous bientôt.

 



par L'observateur impartial
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